Caracas (AFP) – Près de dix ans après avoir succédé à Hugo Chavez en 2013, Nicolas Maduro, réélu dans un scrutin contesté, fait face à une situation incertaine. Annoncé par Donald Trump comme capturé par les États-Unis, ce leader vénézuélien a su, pendant des années, maintenir son pouvoir avec une main de fer sur ce pays riche en pétrole.
Originaire d'un milieu modeste, Maduro, ancien chauffeur de bus de 63 ans, croyait fermement à son image d'homme du peuple. Avec sa moustache emblématique, il n’hésitait pas à flatter ses racines et à partager des anecdotes personnelles, notamment sur ses passions pour le baseball et ses soirées télé avec Cilia Flores, son épouse et bras droit politique.
Cependant, derrière cette façade, une diplomatique astucieuse et une machinerie politique bien rodée lui ont permis de se hisser jusqu'à la présidence. Dès son accession au pouvoir, il a dû faire face à des manifestations violentes et des accusations d’autoritarisme après les élections controversées de 2018 et 2024. La répression de l'opposition et le contrôle des institutions sont devenus ses outils de survie, comme l'a souligné le politologue vénézuélien Luis Vicente León.
Malgré une crise économique dévastatrice, Maduro a navigué à travers des sanctions internationales et une pandémie mondiale, tout en séduisant certains secteurs en autorisant la dollarisation pour redynamiser l'économie. Dans une approche frappante, il a réduit les dépenses sociales tout en vantant un discours socialiste fort.
Super-héros ou dictateur ?
Afin de renforcer son image, le régime a même conçu une série animée mettant en vedette Maduro en tant que "Super-Bigote", un super-héros fictif se battant contre des monstres symbolisant les États-Unis et les opposants internes. Bien qu'il ait encore un certain charisme, il ne possède pas le même charisme que son prédécesseur, Hugo Chavez, dont il a hérité un héritage lourd à porter.
Les professionnels de la stratégie politique s'interrogent : comment un leader peut-il naviguer si habilement entre l’anti-américanisme et des négociations discrètes ? Face à cette ambivalence, il continue à manipuler le discours, soulignant sa foi chrétienne tout en se disant marxiste, comme l'indique le commentateur politique Rafael Uzcátegui.
Un avenir incertain
Alors que Maduro se prépare à faire face à des accusations de trafic de drogue et à des critiques sur la corruption au sein de son gouvernement, son avenir politique semble de plus en plus compromis. Le président lui-même a récemment évoqué sa proximité avec la spiritualité, déclarant que son "bunker" contre les critiques était "Dieu".
Dans ce climat chargé de tensions, alors que le peuple vénézuélien et la communauté internationale observent avec un mélange de fascination et d'inquiétude, Maduro demeure une figure complexe, à la fois admirée et vilipendée. Comme le résume l’analyste politique Pedro Pablo Peñaloza : "Il est plus qu’un simple dirigeant ; il incarne le paradoxe d’un Venezuela tiraillé entre l’espoir et la désillusion."







