Les licières harkies de Lodève enfin reconnues au Mémorial de Rivesaltes

Le parcours mémoriel donne enfin voix aux licières harkies de Lodève.
Les licières harkies de Lodève enfin reconnues au Mémorial de Rivesaltes
Fadelha Benammar-Koly dans l’atelier de Lodève du Mobilier National avec la directrice Anne Gautier. A.M.

Le nouveau parcours permanent du Mémorial du camp de Rivesaltes, inauguré le 29 mai, met à l'honneur l'histoire des familles harkies venues d'Algérie dans les années 60, notamment celles de l'atelier de tapis de la Savonnerie. Ces récits des femmes ayant tissé leur destin dans un ancien abri en métal à Lodève sont désormais intégrés dans le parcours mémoriel.

Le projet Les Courageuses, lancé pour célébrer les 60 ans de l'atelier, dévoile ces femmes remarquables. À leur arrivée à Lodève en 1964, alors que leurs maris étaient occupés dans des hameaux de forestage, elles se sont engagées dans la confection de tapis, un savoir-faire qui sera reconnu et intégré au prestigieux Mobilier National deux ans plus tard.

Ces licières, originaires d’Algérie, ont souffert d’un douloureux exil, vivant dans des camps militaires de transit à Rivesaltes et ailleurs avant de s’établir en France. Environ soixante familles s'ajouteront à cette communauté locale, faisant face à un nouveau départ difficile.

"Nous sommes heureux et fiers que ce récit ne tombe pas dans l'oubli"

"Travailler sur l'histoire des licières harkies à Lodève nous tenait à cœur. C'est une immense fierté de voir leur histoire intégrée dans le parcours du Mémorial de Rivesaltes," déclare Fadelha Benammar-Koly, figure locale et initiatrice du projet via l'association Mémoire Méditerranée. "Ce récit mérite une reconnaissance au niveau national", ajoute-t-elle, pour mettre en lumière ces femmes, dont les contributions ont souvent été ignorées jusqu'à récemment.

"Le silence a longtemps entouré cette période difficile," ajoute-elle, en soulignant l'importance de faire connaître la vie de ces femmes à travers les yeux de leurs descendantes. "Mon devoir est de rendre hommage à nos mères et à toutes les femmes oubliées de cette histoire."

Les visiteurs, y compris de nombreuses écoles qui fréquentent le Mémorial chaque année, pourront découvrir ces parcours de vie qui méritent d’être racontés.

Céline Sala-Pons, directrice du Mémorial : "Raconter des récits de vie"

Quel est le but de ce nouveau parcours à Rivesaltes ?

"Le Mémorial, fondé en 2015, est un espace pour éduquer le public et recueillir des témoignages. En évoluant, nous souhaitons proposer un lieu de mémoire vivant qui confronte le passé à notre présent. Ce nouveau parcours explore les récits d'internement, en mettant en avant les histoires des Harkis et de leurs familles, ainsi que d'autres populations, telles que les Espagnols et les Juifs, qui ont vécu à Rivesaltes," explique Céline Sala-Pons.

Quelles voix seront mises en avant ?

"Il est crucial de montrer la dimension humaine avec les récits de femmes et d'enfants. Les histoires des licières de Lodève s'inscrivent dans l'itinéraire des Harkis après la guerre d'Algérie. Le camp de Rivesaltes a accueilli plus de 20 000 personnes; leur récit illustre les réalités des camps et la perception de la société française envers ces populations," précise-t-elle.

Texte, photo, témoignage, et tapis

Une section du parcours évoquera l'héritage des Harkis, avec des témoignages et des photos historiques. Les visiteurs pourront admirer des tapis tissés par ces femmes, des pièces uniques représentant leur savoir-faire et leur résilience.

"Nous sommes ravis de collaborer avec le Mémorial pour partager ces histoires importantes. De plus en plus de jeunes s'intéressent à cette mémoire et nous sommes heureux que cela ne soit pas oublié."

CAP Textile : Une nouvelle promotion recrutée

Plus de 60 ans après sa fondation, l'atelier de tapis de la Savonnerie continue de transmettre ces savoir-faire uniques. Les nouveaux élèves de la formation CAP Textile sont maintenant en alternance entre le lycée Vallot et l'atelier, promettant de préserver ce précieux héritage.

Anne Gautier, directrice de la Savonnerie, indique : "Quatre étudiants âgés de 18 à 27 ans ont été sélectionnés récemment. Leur passion pour l’art et le textile augure d’un bel avenir pour notre atelier, et ils auront la possibilité d’obtenir le Brevet des Métiers d’Art, avant de rejoindre éventuellement notre équipe à Paris."

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