Une étude récente de l'INSEE et de la DRAAF, dévoilée ce lundi 8 juin, révèle une réalité alarmante : parmi les 2.900 exploitations agricoles de Corse, 30% des agriculteurs vivent en dessous du seuil de pauvreté. Près de 90% de ces exploitations sont de petites tailles, ce qui souligne la vulnérabilité de ce secteur.
La Corse, région la plus touchée par la pauvreté dans l'agriculture, affiche un taux de 30,4% de ménages agricoles vivant sous le seuil de pauvreté, bien supérieur aux 16,2% observés dans l'Hexagone. Ce constat, rendu public grâce aux travaux de l'INSEE et de la DRAAF, appelle à une réflexion sur les disparités au sein de l'agriculture insulaire.
Vincent Delor, responsable au sein de la DRAAF de Corse, indique qu'il existe une véritable agriculture à deux vitesses : « Certaines filières, comme la viticulture et l'arboriculture, ont su s'organiser et prospérer, tandis que d'autres, notamment l'élevage, sont en difficulté », explique-t-il. Cette dichotomie est particulièrement visible dans l'élevage bovin, qui peine à s'en sortir.
Des revenus très inférieurs à la moyenne nationale
Le constat ne s'arrête pas là. Les revenus moyens des agriculteurs corses s'élèvent à environ 700 euros par mois, bien en deçà des 1.400 euros perçus sur le continent. Cette situation s'explique en partie par la prédominance des petites exploitations, qui représentent 90% du total, contre 80% dans l'Hexagone.
Cependant, Vincent Delor tempère ces chiffres en soulignant que l'élevage pastoral rural contribue également à cette moyenne basse. « C'est un système qui, bien qu'authentique, entraîne des contraintes économiques », précise-t-il.
Alors que la petite taille des exploitations contribue à cette précarité, des secteurs comme la viticulture et l'arboriculture, qui comptent parmi les 300 plus grosses exploitations de l'île, tirent leur épingle du jeu. Cela crée un fossé : les agriculteurs en difficulté le sont davantage qu'ailleurs, tandis que ceux qui s'en sortent le font un peu plus facilement sur l'île.
Les aides européennes, un soutien crucial
Xavier Bocognano, un éleveur de 61 ans, fait entendre sa voix. Ce berger, titulaire d'un troupeau de 160 brebis, bénéficie d'aides européennes variant de 25.000 à 30.000 euros par an, essentielles pour couvrir ses charges annuelles. « Les coûts ne cessent d'augmenter. Sans ces aides, le métier devient presque impossible », confie-t-il.
Pour lui, le complément de revenus est vital. « On essaie de remonter à la surface, mais on se retrouve souvent à court », plaide-t-il, évoquant les défis permanents liés aux factures et à la gestion de son élevage.
Face à cette situation, de nombreux agriculteurs sont contraints de diversifier leurs activités pour subsister. Une tendance qui pourrait être renforcée par des initiatives en faveur d'une agriculture plus durable et solidaire en Corse.







