Dans une lettre ouverte, Mikayel Minasyan, ancien ambassadeur d’Arménie au Saint-Siège, critique la récente visite de François Macron dans son pays, qu'il qualifie de "propagande politique" en faveur du Premier ministre Nikol Pachinian, à un mois des élections.
« Monsieur le président », commence Minasyan, rappelant l’hospitalité arménienne. Bien que l’histoire entre la France et l’Arménie soit riche et profonde, il conteste le fait que la visite de Macron ait été un véritable soutien à un peuple allié. Pour Minasyan, le voyage a révélé un soutien politique déplacé envers Pachinian, plutôt qu’une reconnaissance des défis que rencontre réellement le pays.
Minasyan souligne que Macron a affirmé qu’aucune visite de ce type n’avait été menée avant 2018, une déclaration qu’il juge manifestement erronée. Il rappelle que les prédécesseurs du président français avaient tous effectué des visites officielles, recevant un accueil significatif du peuple. Tout au long de sa visite, Macron, selon Minasyan, n’a pas su voir l’Arménie dans sa diversité, se limitant à la vision d’un Pachinian souvent critiqué pour ses décisions, notamment la reconnaissance de l’Artsakh comme partie intégrante de l’Azerbaïdjan lors de sa rencontre à Prague, en octobre 2022.
En raison de cette politique, l’Arménie a souffert d'un blocus de huit mois sur l'Artsakh, exacerbant les souffrances de 120 000 Arméniens déplacés qui ont récemment été forcés de quitter leur terre ancestrale suite à des agressions militaires. Minasyan interpelle Macron sur son usage du mot "courage" pour décrire Pachinian, le qualifiant plutôt de trahison face aux enjeux historiques que représente cette situation. Nombre d’Arméniens, souligne-t-il, n'ont pas eu l'opportunité d'être entendus, alors qu’ils subissent en silence la détresse et l'injustice.
L’Arménie est actuellement plongée dans une répression totale
Minasyan dénonce également le silence de Macron sur les persécutions visant l’Église arménienne, où plusieurs membres haut placés font face à des accusations fabriquées. Pendant sa visite, Macron a négligé les voix de ceux qui souffrent, notamment celles du Catholicos, symbole de l’héritage spirituel arménien. Minasyan critique le fait que des figures religieuses soient incarcérées, et ce, tout au long de la visite de Macron.
L'absence d'écoute face à la détresse des Arméniens se manifeste aussi par les actions de Pachinian contre des membres de la diaspora. Le contexte actuel, selon les experts et rapports internationaux, montre une réalité inquiétante de musèlement des voix et d’effondrement des institutions démocratiques en Arménie.
Les Arméniens, qui n'ont pas eu la chance d’échanger directement avec Macron, portent un regard critique sur ses éloges envers Pachinian, convaincus que l’histoire jugera sévèrement ce qu’ils qualifient de"courage". Ils espèrent qu'à l'avenir, la distinction entre un peuple et ses dirigeants sera claire.







