À l'ombre de la belle carte postale grecque, une vérité alarmante émerge : l'eau se fait rare. Plusieurs hôtels, incapables de garantir des réserves suffisantes, choisissent déjà de fermer leurs portes durant l'été. Athènes, la capitale, est en danger d'atteindre un seuil critique d'approvisionnement en eau. Pour pallier ce manque, le gouvernement envisage de détourner deux rivières en vue d'alimenter le réservoir de la ville, un projet ambitieux qui rencontre une forte opposition dans les montagnes environnantes.
Dans les montagnes du continent grec, Arachova, une station touristique prisée, fait face à un défi majeur : l’accès à l’eau devient une question cruciale. Dans un modeste hôtel familial, la propriétaire, Kaloussa Nafpachtitou, se débat pour satisfaire ses clients. Elle n’a d’autre choix que de compter sur la fonte des neiges et des camions-citernes pour remplir son puits, qu’elle surveille avec attention. "Nous avons de quoi tenir quelques semaines", s’exprime-t-elle, mais l’été s’annonce problématique : "Cet été, nous fermons. Si un client arrive et ne peut pas se doucher, ce sera compliqué de le lui expliquer. Nous avons donc décidé de fermer durant cette saison pendant trois ans maintenant," souligne-t-elle, présidente de l’Association des hôteliers d’Arachova.
"Il n'y a déjà pas beaucoup d'eau et ils veulent en prélever"
Cette pénurie ne reste pas circonscrite aux villages isolés. À long terme, même la métropole pourrait en ressentir les conséquences. Athènes et sa région tirent leur approvisionnement en eau du lac de Mórnos, le plus grand lac artificiel du pays, qui a englouti le village de Kallio à sa création en 1979. Les sécheresses successives de ces dernières années ont réduit la surface de ce réservoir de moitié. Face à cette crise, le gouvernement grec a lancé un plan d’urgence pour gérer les ressources hydriques.
Ce plan inclut des mesures controversées : détourner l’eau de deux rivières pour restaurer le niveau du lac. Dans les montagnes, cette décision soulève des inquiétudes. Dimitris Goroyas, ancien ingénieur, et un ami avocat, évaluent l’impact environnemental de la mesure. "Il n'y a déjà pas beaucoup d'eau et ils veulent en prélever. La totalité de la région va subir les conséquences," affirment-ils, partageant leurs craintes quant à la dégradation économique que cela pourrait engendrer.
Les rivières représentent en effet un véritable trésor pour les passionnés de nature, et le rafting y est une activité florissante. "Il y a six ans, nous pouvions pratiquer le rafting sept mois de l'année. Cette saison, en revanche, n'a duré que trois mois. La baisse du niveau d'eau nous menace, certains pensent même que nous ne pourrons plus pratiquer ce sport," alerte un moniteur actif dans la région. "On aurait plutôt intérêt à investir dans ce projet pour attirer les citadins vers la montagne et promouvoir le tourisme local,” conclut Dimitris, membre du Comité d’opposition au projet Evrytos.
Cette situation incertaine en Grèce, comme dans l'ensemble du sud européen, marque le début d'une bataille cruciale pour la gestion de l'eau. Les tensions s'amplifient alors que le besoin de ressources en eau se heurte à la nécessité de préserver l'économie locale et la biodiversité.







