Dans un développement marquant, les députés macronistes ont décidé de retirer la proposition de loi Yadan sur l'antisémitisme, incertains de son avenir au sein de l'hémicycle. La décision a été prise jeudi, tandis qu'un engagement a été obtenu : un projet de loi gouvernemental sera présenté "avant l'été".
Cette proposition, qui devait être discutée les jeudi et vendredi, a été affaiblie ces derniers jours, perdant le soutien d'une partie du bloc central, ce qui a diminué ses chances d'adoption. Face à une obstruction manifeste des députés Insoumis, le texte a rencontré une opposition remarquable.
Désormais, le gouvernement s'annonce déterminé à initier un "travail transpartisan sur la lutte contre l'antisémitisme", qui se concrétisera avec un projet de loi "présenté en Conseil des ministres avant l'été", a confié une source proche du Premier ministre à l'AFP.
Les députés du groupe Ensemble pour la République, proches de Caroline Yadan, ont exprimé leur satisfaction quant à cette décision, affirmant que le texte gouvernemental conservera "l'intégralité de la proposition de loi". Cependant, une source au sein de l'exécutif a rapidement démenti cette affirmation, stipulant que le projet sera élaboré en étroite collaboration avec "toutes les forces" parlementaires.
La ministre déléguée à la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, tiendra également une conférence de presse vendredi à 09H30 pour apporter des clarifications sur ce sujet.
Pour autant, chaque camp se considère victorieux. Caroline Yadan a soutenu que le nouveau texte aura "force de projet de loi gouvernemental", considérant que la France Insoumise (LFI) a perdu face à cette nouvelle approche. À l'inverse, Mathilde Panot, députée Insoumise, a qualifié cette démarche d'"enterrement de première classe", annonçant que son groupe ne participera pas aux préparatifs futurs.
Le patron des socialistes, Olivier Faure, a exprimé son soulagement quant au retrait du texte, notant que même dans le camp macroniste, des voix s'opposaient à son existence. Cette proposition visait à répondre à la hausse alarmante des actes antisémites suite à l'attaque du 7 octobre 2023 par le Hamas, en élargissant le cadre des délits contre l'antisémitisme.
Cependant, la proposition avait suscité de vives inquiétudes parmi les défenseurs de la liberté d'expression, qui soulignaient le risque d'entretenir un amalgame entre les Juifs et l'État d'Israël. Une pétition appelant à voter contre la loi a récolté plus de 700 000 signatures, traduisant une forte mobilisation à travers le pays, soutenue par des voix académiques et des mouvements étudiants.
Au fil des jours, les chances d'adoption se sont étiolées. Les socialistes, initialement abstentionnistes, ont exprimé leur désaccord et réclamé le retrait du texte. De leur côté, les députés Modem ont critiqué la proposition, estimant qu'elle ne servirait pas la cause qu'elle prétend défendre.
À l'Assemblée, la gauche s'est montrée très présente, alors que les bancs du bloc central demeuraient clairsemés, laissant planer le doute quant à une éventuelle motion de rejet. L'annonce du gouvernement de prendre les rênes a été favorablement reçue par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), dont le président, Yonathan Arfi, a exprimé sa satisfaction, citant le besoin d'un consensus.
SOS Racisme a également salué le retrait de la proposition, arguant qu'elle avait contribué à un affaiblissement du débat public. L'association a appelé à transformer cette décision en une opportunité pour unir les efforts contre l'antisémitisme, le racisme et les discriminations en général.







