Les territoires ultramarins, souvent idéalisés depuis la métropole, cachent une réalité préoccupante. En effet, en plus d'être parmi les départements les plus démunis, la Guadeloupe, la Martinique, et d'autres régions d'outre-mer sont fortement affectées par des maladies chroniques telles que l'obésité, le diabète et l'hypertension. La teneur élevée en sucre des produits alimentaires y joue un rôle majeur dans ces disparités nutritionnelles.
En Guadeloupe, Martinique et les autres îles, les produits industriels contiennent généralement plus de sucre que leurs équivalents en métropole. Par exemple, un soda ou un yaourt peut avoir un goût bien différent à Fort-de-France qu'à Marseille. Cela pose la question du respect de la loi interdisant une taux de sucre ajouté plus élevé dans ces régions, un texte qui semble partout contourné. En mars dernier, 11 députés ont écrit au ministre de la Santé pour rappeler l'application de la loi Lurel, qui vise à assurer une offre alimentaire de qualité en outre-mer.
Des aliments plus sucrés en outre-mer
Cela souligne une inégalité significative qui témoigne de l'abandon dont souffrent ces territoires. Récemment, une coupure d'eau potable en Guadeloupe a révélé encore une fois les dysfonctionnements politiques et la dégradation des infrastructures. Les inégalités se manifestent dans tous les domaines, y compris dans la santé, qui est bien moins performante ici qu'en métropole.
Le taux de sucres dans les produits commercialisés n'est pas une surprise. Depuis 2013, la loi Lurel interdit l'ajout de sucre dans les aliments destinés aux territoires d'outre-mer, mais déjà en 2014 des manifestations à La Réunion avaient dénoncé son non-respect. Plus d'une personne sur dix est diabétique en Martinique, soit presque le double de la moyenne nationale, et l'obésité touche 27.8 % des habitants des Antilles—un chiffre alarmant lorsque l'on compare avec le 17 % national. Ces chiffres connurent un surcroît de dramatique durant la pandémie, accentuant encore l'urgence de la situation.
Une question écrite déposée en 2023 par des députés a mis en lumière que, malgré les affirmations du ministère de la Santé et un rapport favorisant la normalité des produits, la réalité sur le terrain est tout autre. Les disparités dans les teneurs en sucre sont telles qu'il est difficile d'ignorer le problème.
Pourquoi cette inégalité ?
Les écarts de sucre varient grandement selon les marques et types de produits. Certains sodas affichent des niveaux similaires à ceux de métropole, tandis que d'autres peuvent contenir jusqu'à 45% de sucre en plus. Cette variation est souvent le fait des grandes marques, qui modifient leurs recettes selon les préjugés sur les goûts des populations locales. En 2016, Victorin Lurel dénonçait une croyance ancrée selon laquelle les populations des outre-mer auraient un goût intrinsèquement plus sucré.
Les seules exceptions semblent concerner les produits laitiers, qui sont importés, donc plus riches en lactose. Le manque de résistances réglementaires empêche une avancée dans la mise en place des mesures mieux contrôlées. La simple application de la loi Lurel pourrait amorcer un changement nécessaire pour réduire la consommation actuelle, qui est déjà alarmante. En 2019, en Guadeloupe, la consommation de boissons sucrées atteignait 69 g/jour, bien plus que les 39 g/jour de l'Hexagone. L'espoir reste que les autorités prennent enfin conscience de cette problématique et agissent.







