Dans une intervention marquante diffusée le 2 avril dernier à la télévision nationale, le capitaine Ibrahim Traoré a appelé le peuple burkinabè à "oublier" la démocratie. Cette déclaration alarmante survient alors que la transition politique, initialement prévue pour mener à des élections en juillet 2024, est remise en question.
Traoré, qui a pris le pouvoir par un coup d'État en septembre 2022, a affirmé que la démocratie n'était pas adaptée à la réalité actuelle du Burkina Faso. "La démocratie, c'est pas pour nous", a-t-il exprimé, réitérant une position qu'il avait déjà adoptée l'année précédente. Selon ses dires, il est impératif de se concentrer sur la stabilité du pays, principalement frappé par des violences jihadistes depuis près de 10 ans.
La junte a adopté récemment une charte qui lui permet de prolonger son mandat jusqu'en 2029 et de se présenter à des élections à l'issue de cette période. En parallèle, elle a dissous la Commission électorale nationale indépendante (Céni) et gelé les activités des partis politiques, exacerbant ainsi les craintes d'un retour à la démocratie.
Une pression croissante sur les médias et l'opposition
Le régime travaille dans un climat de méfiance envers l’Occident, en particulier envers la France, ayant interdit ou suspendu de nombreux médias internationaux. Cela soulève des inquiétudes quant à la liberté d'expression et à la transparence politique dans le pays.
Lors de l'entretien, Traoré a également abordé la situation de son prédécesseur, Paul Henri Sandaogo Damiba, récemment extradé au Burkina. Damiba, accusé de corruption et d'être impliqué dans plusieurs tentatives de coup d'État, est maintenant entre les mains de la justice burkinabè.
"Un juge l'a déjà vu... il est entre les mains de la justice", a déclaré Traoré.
Face à la montée des violences, des ONG ont accusé l'armée burkinabè, soutenue par des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), de perpetrer des exactions contre des civils. Traoré a rejeté ces accusations, affirmant qu'il n'existe pas de preuves tangibles.
Le chef de la junte a aussi précisé que bien que la Russie soutienne le Burkina en fournissant des équipements militaires, il n'y a pas de formation dispensée à son armée, soulignant le souhait d'autonomie militaire dans le combat contre le terrorisme.
Ce discours soulève des interpellations sur l'avenir politique du Burkina Faso et sur son engagement envers les valeurs démocratiques. Alors que la région est de plus en plus secouée par l’instabilité, l’évolution de la situation au Burkina Faso sera scrutée de près par la communauté internationale.







