La cheffe de l'opposition taïwanaise, Cheng Li-wun, s'apprête à débuter, mardi, un voyage de six jours en Chine, une rare opportunité visant à promouvoir des relations plus étroites avec Pékin. Il s'agit de la première visite d'une présidente du parti Kuomintang (KMT) dans l'Empire du Milieu depuis une décennie.
Ce déplacement survient alors que les États-Unis exercent une pression sur les députés taïwanais pour qu'ils approuvent un plan ambitieux de vente d'armes de près de 40 milliards de dollars à Taïwan. D'après des responsables et des spécialistes taïwanais, Pékin, dirigé par le président Xi Jinping, cherche à consolider sa position et à freiner ces nouvelles transactions militaires avec Washington.
En tant que principal garant de la sécurité de l'île, les États-Unis demeurent le plus grand fournisseur d'armes de Taipei, une situation qui suscite l'irritation de la Chine.
Durant ce voyage, Mme Cheng a exprimé son désir de s'entretenir avec Xi Jinping, avant de se rendre aux États-Unis. Le Kuomintang, premier parti d'opposition taïwanais, défend un rapprochement avec Pékin, qui considère Taïwan comme une partie intégrante de la Chine et envisage l'usage de la force pour la saisir.
Élue présidente du KMT en novembre dernier, Mme Cheng a reçu les félicitations de Xi Jinping. Néanmoins, elle fait face à des critiques au sein de son propre parti qui lui reproche son approche trop favorable envers la Chine. Elle s’oppose fermement à un plan d’armement proposé par le gouvernement taïwanais, préférant un soutien limité à 12 milliards de dollars, tout en laissant la possibilité d'achats supplémentaires par la suite.
En dépit de ces tensions internes, la leader du KMT reste déterminée à favoriser le dialogue. "Ce voyage est dédié entièrement à la paix et à la stabilité des deux côtés du détroit, sans lien avec l'approvisionnement en armes", assure-t-elle.
Les visites de responsables du Kuomintang en Chine sont fréquentes, mais le dernier déplacement d'un dirigeant remonte à 2016, avec Hung Hsiu-chu. Les relations ayant été tendues depuis l'élection de la présidente Tsai Ing-wen, du Parti démocrate progressiste (DDP), pro-indépendantiste.
Les tensions se sont exacerbées avec l'intensification des manœuvres militaires chinoises autour de l'île, Pékin déployant désormais régulièrement des avions et des navires dans la région.
En parallèle, ce déplacement intervient un mois avant la visite de Donald Trump à Pékin, prévue pour un sommet avec Xi Jinping les 14 et 15 mai. En décembre, les États-Unis avaient approuvé la vente d'armes à Taïwan pour un montant record de 11 milliards de dollars, occasionnant la colère de Pékin.
Le soutien de Mme Cheng pour une défense solide de Taïwan est clair, tout en mettant en avant que l'île n'a pas à choisir entre Pékin et Washington. L’invitation de Xi Jinping à rencontrer Cheng est perçue comme un signe que Pékin voit en elle une alliée potentielle en faveur de l’unification, selon Tzeng Wei-feng, spécialiste des relations internationales à l’Université nationale de Chengchi. De plus, une rencontre avec Cheng pourrait aider Xi à "affaiblir les arguments pour la coopération en matière de défense entre les États-Unis et Taïwan", ajoute Wen-Ti Sung, chercheur au centre de réflexion Atlantic Council.







