Ismaïl Omar Guelleh, président de Djibouti, avait déclaré en 2022 qu'il était temps de "passer la main", mais à 78 ans, il a finalement décidé de rester en poste, invoquant la "stabilité" du pays. Élu pour un sixième mandat, Guelleh, au pouvoir depuis 1999, s'est heurté à un candidat unique, Mohamed Farah Samatar, dont l'impact politique est limité.
Avec une population d'environ un million d'habitants, Djibouti, sous la direction d'IOG, a su tirer parti de sa position géographique stratégique, à la croisée de l'Afrique et du Moyen-Orient, pour s'affirmer sur la scène internationale. En 2022, il avait pourtant affirmé, de manière emphatique, qu'il ne toucherait pas à la Constitution, qui fixe à 75 ans l'âge limite pour se présenter. Toutefois, les modifications apportées à la loi fondamentale en novembre 2022 lui ont permis de briguer un nouveau mandat.
Né à Dire-Dawa, en Éthiopie, Ismaïl Omar Guelleh est rentré à Djibouti après avoir obtenu son indépendance. Sa carrière a débuté dans la police, avant une ascension fulgurante au sein du gouvernement, où il a été le chef de cabinet durant plus de vingt ans sous le premier président du pays, Hassan Gouled Aptidon.
Guelleh, qui a contrôlé les services de sécurité et de renseignement, a dû naviguer les tensions interethniques entre les deux grandes communautés, les Issa et les Afar, qui ont donné lieu à des conflits armés. À l'heure actuelle, son pouvoir est soutenu par des élections où il décroche régulièrement des résultats largement favorables, comme les 97% des voix obtenues en 2021.
La stabilité du pays semble être un argument clé pour sa réélection, comme l'a souligné Dileita Mohamed Dileita, qui a été son Premier ministre pendant 12 ans : "Avec la situation au Moyen-Orient, il nous faut la stabilité." De nombreuses analyses suggèrent que les raisons invoquées pourraient masquer une absence de successeur viable. Sonia le Gouriellec, professeure à l'Université catholique de Lille, évoque un "prétexte" pour justifier un retour en politique dans un contexte incertain.
Un chercheur djiboutien, préférant rester anonyme, confirme que le manque de préparation pour une transition après Guelleh est préoccupant, notant que le président a tout de même réussi à établir une politique étrangère solide et à attirer des investissements étrangers. Sa capacité à accueillir des bases militaires de plusieurs nations démontre son influence à l'international.
Néanmoins, son état de santé soulève des inquiétudes, et son épouse, Kadra Mahamoud Haïd, émerge comme une figure influente au sein du régime. Pour la pérennité de son héritage, Guelleh devra désigner un successeur qui puisse rassembler les différents clans, en particulier les Mamassan, afin d'éviter une instabilité interne qui pourrait fragiliser son régime.







