Des dizaines de milliers de personnes se rassemblent au stade de Douala vendredi matin pour une grande messe en plein air, marquant le troisième jour de la visite du pape Léon XIV au Cameroun. L'événement est empreint de ses appels inlassables à la paix et de sa dénonciation des "tyrans" qui déstabilisent le monde.
Marguerite Tedga, 72 ans, a passé la nuit sur l'esplanade du stade avec des membres de sa paroisse, impatiente de voir le pape. "C'est un accomplissement d'une vie chrétienne. Petite, je croyais que voir le pape en personne était impossible", a-t-elle confié à l'AFP.
À Yaoundé, puis à Bamenda, épicentre d’un conflit séparatiste meurtrier, le pape américain a opté pour un discours plus direct, peu après avoir essuyé des critiques de l'administration Trump. A Douala, capitale économique, les fidèles sont arrivés en masse dès jeudi soir, plusieurs autorités estimant que plus d'un million d'entre eux seraient présents.
Depuis son arrivée mercredi, le chef de l'Église catholique a été accueilli avec enthousiasme, des foules chantant et acclamant en son honneur le long de son parcours. Ses discours ont largement mis l'accent sur les problèmes sociaux : il a notamment condamné "le mal extérieur, orchestré par ceux qui, par intérêt, continuent de piller le continent africain".
Marcianus Nzegge, 36 ans, a parcouru quatre heures pour assister à la messe. Originaire de la zone anglophone, il se sent particulièrement touché par le message de paix délivré par le pape à Bamenda.
Le Cameroun, riche en ressources telles que le pétrole, le bois précieux et le cacao, attire depuis des décennies des entreprises étrangères et des élites locales, ce qui alimente les débats sur l'exploitation des richesses du pays.
"Une poignée de tyrans ravage le monde, mais une multitude de frères et sœurs solidaires le maintient uni!", a réaffirmé le pape lors de son allocution à Bamenda, en référence au conflit entre l'État et les groupes indépendantistes.
Artisans de paix
Environ 37% des 30 millions d'habitants du Cameroun sont de confession catholique. L'Église y joue un rôle de premier plan à travers un réseau d'hôpitaux, d'écoles et d'œuvres caritatives. La ville de Douala, peuplée de près de cinq millions d'habitants, est l'un des principaux ports d'Afrique centrale.
L'automne dernier, Douala avait été ébranlée par des manifestations réprimées de manière brutale suite à une élection présidentielle contestée. Des affrontements avaient éclaté entre les forces de sécurité et les manifestants, entraînant ce que le gouvernement a décrit comme des "dizaines" de morts.
Anicet Ekane, un opposant important, est décédé en prison récemment après avoir été arrêté avec d'autres membres de son parti, qui dénonçait les résultats électoraux. Son leader, Issa Tchiroma Bakary, vit désormais en exil.
L'archevêque de Douala, Samuel Kleda, a déclaré : "Notre pays a traversé de nombreuses crises, certaines subsistent encore. Le véritable fruit de cette visite serait notre engagement en tant qu'artisans de paix".
Après la messe, le pape se dirige vers l'hôpital catholique Saint-Paul de Douala avant de retourner à Yaoundé, où il prononcera un discours devant des universitaires. Sa visite au Cameroun se conclura par une messe le lendemain matin.
Mercredi, lors de son arrivée, le pape a appelé à "briser les chaînes de la corruption", adressant ses paroles directement aux hautes sphères de l'État, y compris le président Paul Biya. Précédemment, il avait effectué une visite marquante en Algérie, poursuivant ensuite son parcours en Angola et en Guinée équatoriale.







