Vendredi dernier, le tribunal judiciaire de Bayonne a examiné un dossier troublant impliquant une Malienne en situation irrégulière, qui a travaillé pendant trois ans pour un homme âgé de 90 ans. Le procureur Jean-Claude Belot a souligné la gravité de la situation en déclarant : "J'ai rarement vu une procédure où autant d'éléments caractérisent la traite d'être humain".

Les avocats de la plaignante, Me François Brunel et Me Isabelle Voglimacci, qui défendent les droits d'Alice, 38 ans, mettent en avant des conditions de travail inhumaines. Selon eux, cette situation constitue un exemple flagrant d'esclavage moderne. La fille de l'employeur, une cadre de télécommunications, est accusée d'avoir recruté Alice en connaissance de sa situation vulnérable.

Des conditions de vie précaires

C’est dans un petit appartement à Biarritz qu'Alice a vécu durant cette période, partageant le peu d’espace avec un homme dépendant de soins constants. Le tribunal a entendu des témoignages d'inspecteurs du travail, mettant en lumière les horaires abusifs : "Elle devait être disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7". Alice, à la recherche de régularisation par le travail, n’a été rémunérée qu'1 200 euros par mois, selon les calculs d’un inspecteur, elle aurait en réalité travaillé près de 70 heures par semaine, bien au-delà de ses obligations.

"Elle n’avait pas à s’occuper de la compagne de mon père" a déclaré la prévenue, indiquant qu'elle n'a pas demandé ces soins. Cependant, l’infirmière présente a noté une situation déplorable, illustrant à quel point Alice était effectivement exploitée.

L'impact des témoignages

Les récits des personnes ayant croisé les chemins d'Alice partagent un constat accablant. Des conditions de vie difficiles, marquées par l'indifférence et l'absence de droits, sont soulignées : "Avec deux semaines de repos dans trois ans, comment aurait-elle pu survivre mentalement et physiquement ?" s'interroge Me Brunel.

Bien que des doutes persistent quant à l'état de santé de l'employeur, l’avocat de la défense, Me Philippe Saladin, a demandé la relaxe, soulignant des incohérences dans le dossier. De son côté, le procureur a requis une peine de deux ans de prison avec sursis, enfin, le tribunal annoncera son délibéré le 18 juin.