Des personnalités influentes de l'Europe se rassemblent à Erevan les 4 et 5 mai pour le sommet de la Communauté politique européenne ainsi que pour un échange inédit entre l'Union européenne et l'Arménie. Ce moment marque une étape significative pour cette ancienne république soviétique en quête d'émancipation de son partenaire traditionnel, la Russie.
L'Arménie, qui compte environ trois millions d'habitants, voit ces sommets comme une opportunité stratégique d'afficher sa volonté à l'UE. Olesya Vartanian, analyste sécuritaire dans le Caucase du Sud, déclare : «Nous sommes là, et prêts». Sous la direction du Premier ministre Nikol Pachinian, le pays met en œuvre une stratégie de «diversification» pour établir des relations tant avec l'Occident qu'avec la Russie, cherchant ainsi à sortir de son enclavement.
Le politologue Alexander Iskandarian souligne que «l'Arménie cherche à établir des relations solides avec l'UE». L'année précédente, le pays a officiellement exprimé son désir de devenir membre de l'UE, suivant un partenariat amorcé en 2017, mais sa candidature n'a pas encore été soumise. En mars dernier, la commissaire européenne à l'élargissement, Marta Kos, a déclaré que l'Arménie et l'UE n'ont «jamais été aussi proches».
Sébastien Maillard, conseiller à l'Institut Jacques Delors, considère ces sommets comme un moyen pour les Européens de contrer les narrations d'influence russe sans provoquer directement Moscou. Cependant, les liens d'Erevan avec Moscou, notamment par leur appartenance commune à l'Organisation du traité de sécurité collective, compliquent ce rapprochement, d'autant plus que la participation de l'Arménie à cette alliance est mise en pause jusqu'en 2024.
Vladimir Poutine, lors d’une communication avec Pachinian, a explicitement déclaré qu'une implication dans des blocs rivaux serait «tout simplement impossible». Alors que l'UE semble occupée par la guerre en Ukraine, elle n'est pas en mesure d'élargir ses frontières. Iskandarian rappelle que d'autres pays, tels que ceux des Balkans occidentaux, attendent depuis des décennies pour entrer dans l'UE.
Malgré des sondages indiquant un soutien majoritaire à l'intégration européenne, de nombreux Arméniens doutent de la possibilité d'une adhésion réelle, craignant de provoquer la réaction de Moscou. Armine Vanian, psychologue à Erevan, affirme : «Tout le monde comprend que l'objectif de l'Europe n'est pas vraiment de nous aider, mais de chasser la Russie de la région». Quant à Susanna Melkonian, coiffeuse, elle craint que les promesses de l'Europe ne conduisent qu'à des tensions avec la Russie.
Les relations entre Erevan et Moscou se sont également détériorées en raison d'une non-intervention russe dans les conflits avec l'Azerbaïdjan. Cependant, cette dynamique reste complexe, car la Russie conserve un intérêt stratégique pour l'Arménie. Iskandarian met en garde : «Si la Russie rompt ses liens économiques avec l'Arménie, elle perdra son dernier levier d'influence dans le Caucase».
Actuellement, l'Arménie essaie de «jouer sur deux tableaux», comme le précise Olesya Vartanian. Dans les rues d'Erevan, les citoyens sont lucides face aux jeux géopolitiques autour d'eux. Manush Ghevondian, un comptable au chômage, exprime : «Nous savons que l'intégration à l'UE n'est pas pour demain. Mais des relations plus intimes pourraient nous libérer de la dépendance envers la Russie». Il ajoute qu’un changement trop brusque pourrait exacerber les tensions avec Moscou.







