Raja Dey, enseignante à Calcutta, exprime son inquiétude face à la baisse de l'assiduité des élèves après que les cantines scolaires de Bengale-Occidental ont éliminé les œufs de leur menu. Ce revirement a été provoqué par la décision du Bharatiya Janata Party (BJP), récemment élu, de confier la gestion des repas à ISKCON, le mouvement hindou Hare Krishna, qui ne propose que des plats végétariens.
Les changements récents, qui ont remplacé les œufs par des protéines végétales, résonnent comme une manœuvre politique dans un État où 30% de la population est musulmane, favorisant souvent la consommation de viande et d'œufs, contrairement à de nombreux Hindous qui privilégient un régime végétarien. "Le gouvernement du BJP impose un menu végétarien dans nos écoles", s'insurge Dola Sen, une élue de l'opposition.
Le parti Trinamool Congress (TMC), dont Sen fait partie, a longtemps occupé le devant de la scène politique dans cette région et utilise aujourd'hui les enjeux alimentaires pour mobiliser ses partisans. Mamata Banerjee, l'ancienne cheffe de l'État, avait même accusé ses adversaires de vouloir interdire la viande et les œufs, ce que le BJP a toujours nié, malgré des manifestations où ses membres affichaient des poissons.
Cette proposition alimentaire ne fait que s'ajouter aux critiques qui entourent le BJP depuis son arrivée au pouvoir en 2014, accusé de vouloir établir une domination hindoue sur la minorité musulmane, illustrée par divers incidents violents contre les bouchers musulmans. Paradoxalement, des études comme celle de l'État du Karnataka montrent que l'introduction d'œufs a amélioré l'assiduité scolaire, grimpant de 93,5% à presque 99% après leur distribution fréquente.
- "Œuf étalon-or" -
Dans le cadre de leur mandat, le mouvement ISKCON, qui nourrit des millions d'enfants, a ainsi déterminé de nouvelles lignes diététiques. "Les repas de midi sont cruciaux pour la motivation scolaire", souligne Dey, notant que les jours où les œufs sont servis, les élèves se pressent en grand nombre.
Une étude de l'Institut de recherche international sur les politiques alimentaires a montré que l'accès aux œufs favorisait la croissance chez les enfants, suscitant l'inquiétude des professionnels de la santé face à leur retrait. Toutefois, un porte-parole d'ISKCON, Radharaman Das, défend ce choix en avançant que des alternatives telles que le soja et les lentilles fournissent également des protéines de qualité.
Le ministre de l'Éducation, Dipak Barman, soutient que de nombreux Indiens mènent une vie saine sans viande. Pourtant, des médecins comme le Dr Sylvia Karpagam mettent en garde dans le magazine Frontline contre la dégradation de l'alimentation des enfants. Selon elle, "l'œuf se positionne comme l'étalon-or en matière de protéines". Elle appelle à un débat factuel sur la nutrition, rappelant que des décisions politiques peuvent affecter gravement la santé publique.







