L'essentiel
Les questions autour de la privatisation de l'audiovisuel public sont à nouveau sur la table. Lors d'une intervention sur BFMTV le 29 avril dernier, Jordan Bardella a exprimé son désir de voir ce secteur privatisé si le Rassemblement National accède au pouvoir l'année prochaine. Ce projet soulève de nombreuses interrogations : quelles seraient les étapes nécessaires pour y parvenir et est-il vraiment envisageable ? Les obstacles semblent nombreux...
Un processus législatif complexe
Cet ambitieux projet de privatisation exigerait d'abord une modification législative, rendant nécessaire le passage d'une nouvelle loi. Actuellement, les missions de l'audiovisuel public sont encadrées par la loi du 30 septembre 1986, surnommée loi Léotard. Toute initiative visant à privatiser l’audiovisuel public devra passer par l’approbation d’un texte législatif, et le rôle de l'Arcom, l'autorité de régulation des secteurs audiovisual et numérique, sera également à reconsidérer.
Il est donc impératif que le Rassemblement National obtienne une majorité au Parlement. Étant donné la nature sensible de ce sujet, le recours possible au Conseil constitutionnel ajoutent une couche de complexité à ce processus. La Constitution française garantit les droits fondamentaux des citoyens, y compris la liberté et le pluralisme médiatique. Si le texte proposant la privatisation devait enfreindre ces principes, il risquerait d'être annulé par le Conseil.
Un projet en contradiction avec les normes européennes ?
La modification du cadre législatif français pourrait également se heurter aux obligations européennes. En mars 2024, l'Union européenne a introduit la loi sur la liberté des médias, qui stipule que le service public a un rôle prépondérant sur le marché médiatique, garantissant une information impartiale aux citoyens et soutenant la préservation du pluralisme.
Bien que chaque État puisse définir les modalités de son service public, l'UE pourrait défier la France juridiquement si sa loi sur la privatisation était jugée incompatible avec ses régulations.
Des défis économiques à surmonter
Au-delà de l'arène politique, le projet doit faire face à des réalités économiques. D’après Alternatives Économiques, actuellement, aucun groupe privé en France ne semble apte à prendre le relais des différentes composantes de l'audiovisuel public. Les grands acteurs comme Bouygues, Canal+ ou Bertelsmann sont plus préoccupés par la concurrence croissante des plateformes telles que Netflix et Disney+ et n'ont pas de stratégie d'acquisition pour France Télévisions.
L'opinion publique favorable au service public
Jordan Bardella devra également convaincre l'opinion publique de la nécessité de cette privatisation. L'audiovisuel public demeure une source d'information privilégiée pour de nombreux Français. Selon une enquête Ipsos décembre 2025, près de 70 % des Français ont une bonne opinion des services publics. France 2, en particulier, est très prisée, suivie d'Arte et France 3.
Les Français ne voient donc pas la privatisation comme un moyen d'améliorer la qualité de l'audiovisuel public, selon les données de l'institut de sondages.
En résumé, bien que la privatisation de l'audiovisuel public en France ne soit pas totalement inenvisageable, les nombreux obstacles législatifs, politiques et économiques soulèvent de sérieux doutes quant à la faisabilité du projet de Jordan Bardella et du Rassemblement National.







