À l'approche des municipales (les 15 et 22 mars), le Médoc entre dans une phase politique qui pourrait profondément modifier les rapports de force locaux. Bien que certaines listes se présentent comme "apolitiques" ou "sans étiquette", les affinités partisanes demeurent omniprésentes. Chaque parti vise à maintenir, voire à accroître, son emprise sur ce territoire majoritairement rural.
Actuellement, la gauche montre une position relativement forte lors des scrutins intermédiaires, avec deux cantons et une circonscription législative socialistes (1). Néanmoins, la majorité municipale reste souvent dominée par des équipes de centre droit ou de droite diversifiée. Dans ce contexte, le Rassemblement national, qui n'a pas réussi à obtenir la moindre mairie médocaine à ce jour, se prépare à élargir son influence. Les dirigeants locaux envisagent de transformer leur percée électorale en une assise municipale durable.
Le RN veut s’implanter
Pratiquement absent en 2020 avec une unique liste à Pauillac (28,4 % au second tour), le RN élargit son champ d'action. Des candidatures sont d'ores et déjà prévues à Castelnau, Saint-Laurent, Lesparre, Saint-Sauveur, Cissac, Queyrac et Vertheuil. À Pauillac, le RN attend également son heure. Une ancienne conseillère départementale RN, qui a rejoint le mouvement d'Éric Zemmour, se présente à Bégadan. L’objectif est clair : le RN, sous la houlette de l'ancien député Grégoire de Fournas, souhaite établir un véritable ancrage dans la région.
Ces municipales pourraient redéfinir la carte politique du Médoc.
À Castelnau-de-Médoc, la lutte sera féroce. Le maire centriste sortant Éric Arrigoni, qui a remporté ce fief socialiste en 2014, brigue un troisième mandat, s’appuyant sur un bilan qu’il juge solide. En face de lui, Laurine Jolly, proche du PS, tentera de reconquérir la mairie, probablement dans une triangulaire avec le RN. À Saint-Laurent, Jean-Michel Saintemarie, soutenu par le maire sortant Jean-Marie Féron, affrontera Didier Duret (divers gauche) et Sylvie Bourdouleix, également soutenue par le RN.
Sur le littoral sud, à Carcans, le centriste Patrice Marchand se mesure au maire sortant Patrick Meiffren (DVG, soutenu par le PS). À Lacanau, le maire centriste (MoDem) devra faire face à deux listes d'opposition. Dans la commune de Pauillac, le centriste Florent Fatin devra naviguer entre les ambitions d'anciens adjoints déterminés à le remplacer, sous l'œil vigilant du RN. En 2020, il avait conservé son siège par une marge infime de moins de 100 voix.
Le poste de président déjà convoité
À Lesparre, la situation est différente. Là, droite et gauche avaient trouvé un terrain d'entente avant les municipales de 2014. Cette fois, le maire divers gauche Bernard Guiraud fera face à la seule liste RN avec son équipe. Mais l’enjeu est plus vaste que la commune. En effet, le maire a déjà exprimé son désir de briguer la présidence de la Communauté de communes Médoc Cœur de Presqu’île. La compétition pour cette présidence s'annonce âpre avec plusieurs prétendants en lice. Le président sortant, Jean-Marie Féron, ne se représentant pas, ouvre la voie à un renouvellement des forces.
Les recompositions pourraient également frapper ailleurs. À la CdC Médullienne, le président sortant Christian Lagarde (DVG) ne briguera pas un nouveau mandat, laissant un boulevard au maire centriste (Horizons) de Sainte-Hélène, tandis qu'à Médoc Atlantique, le maire de centre droit de Soulac-sur-Mer, Xavier Pintat, se présente sans réelle opposition.
Le climat le plus incertain semble se trouver à Médoc Estuaire, où Didier Mau (DVD), maire du Pian-Médoc, prend sa retraite. La maire DVG de Macau, Chrystel Colmont, envisage de se porter candidate, mais tout dépendra des résultats du futur maire du Pian-Médoc et des alliances qui se formeront matériellement.
Dans un territoire en pleine croissance démographique, avec des enjeux de mobilité et d’aménagement cruciaux, ces élections municipales pourraient redéfinir la carte politique du Médoc. Entre les ambitions de la gauche, la domination du centre droit et la progression du RN, la bataille d'influence se dessine, tant au sein des conseils municipaux que des intercommunalités.







