La tokénisation consiste à numériser des actifs financiers, comme des actions ou des obligations, en les transformant en "tokens" échangés sur une blockchain. Cette technologie, similaire à celle qui sous-tend les cryptoactifs comme le bitcoin, permet d'échanger des titres d'un pays à un autre en quelques secondes et à coût réduit, selon Campbell Harvey, professeur de Finances à l'Université de Duke.
Actuellement, l'achat de titres en Europe peut prendre jusqu'à 48 heures, en raison de validations nécessaires de divers acteurs comme les bourses et les chambres de compensation. La tokénisation pourrait bouleverser cette économie de temps.
Une évolution irréversible
La New York Stock Exchange (NYSE) a déjà prévu de lancer une plateforme fonctionnant 24/7, permettant des règlements instantanés grâce à la tokénisation. Ce changement pourrait marquer un tournant pour les marchés financiers, qui ont longtemps fonctionné selon des horaires d'ouverture stricts.
Blackrock, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde, s'engage aussi dans cette direction en numérisant certains de ses actifs. Son PDG, Larry Fink, évoque cette tendance comme "la prochaine grande évolution" des marchés. Bien que la valeur actuelle des actifs "tokenisés" soit d'environ 30 milliards de dollars selon McKinsey, une croissance de 118% a été observée l'année dernière, et ces actifs pourraient atteindre 2.000 milliards de dollars d'ici 2030.
Un rapport du lobby financier français Paris Europlace souligne la nécessité de se préparer à cette évolution, tout en alarmant sur l'avance des États-Unis dans ce domaine. En l'absence d'initiatives en Europe, le risque est que les marchés américains prennent une part encore plus importante des activités financières.
En France, la société technologique Lise a lancé une nouvelle place boursière entièrement sur blockchain, ouvrant la voie à des levées de fonds innovantes, comme celle de la société ST Group.
"La tokénisation réduit significativement les coûts des processus de cotation, devenus trop onéreux pour les PME." – Mark Kepeneghian, directeur général de Lise.
Risque pour la stabilité financière ?
Delubac Asset Management, un gestionnaire de fonds français, expérimente aussi la tokénisation avec l'une de ses stratégies, afin d'offrir une plus grande réactivité à ses clients, comme l'explique son président Benoît Vesco.
"Cela nous permet de proposer une instantanéité accrue dans nos transactions." – Benoît Vesco
Cependant, la Banque de France met en garde contre les risques potentiels que la tokénisation pourrait poser pour la stabilité financière à grande échelle. La disponibilité continue des plateformes d'échange pourrait désynchroniser les prix entre les actifs réels et leurs versions numériques, compromettant ainsi la confiance des investisseurs.
Il existe également des préoccupations quant à l'interconnexion accrue entre les marchés traditionnels et les crypto-monnaies, souvent marquées par une volatilité extrême. Selon la Banque de France, cette situation pourrait engendrer des défis inédits pour le système financier.







