La pensée de Javier Milei suscite autant de fascinantes discussions que de vives polémiques, particulièrement au sein de l'hexagone, où le débat économique est souvent monopolisé par des partisans d'une approche keynésienne. Michael Miguères, dans son ouvrage La Révolution Milei publié aux Éditions Valeur Ajoutée, ne se limite pas à critiquer l'état actuel de l'Argentine, mais nous plonge dans les valeurs idéologiques qui nourrissent le « Mileisme », un système économique que beaucoup en France pourraient considérer comme une possible révélation.
Ce livre met en lumière le fait que le mileisme n'est pas simplement un recueil de mesures pratiques telles que la débureaucratisation ou la réduction des dépenses publiques, mais plutôt une philosophie économique cohérente, inspirée par des économistes réputés. Pour Sébastien Laye, qui défend souvent un libéralisme pragmatique, les enseignements du livre de Miguères l'ont convaincu que cette doctrine pourrait véritablement changer la donne en France.
Des fondations intellectuelles solides
L'approche de Milei s'enracine dans l'École Austro-Hongroise, notamment dans les travaux de figures comme Ludwig von Mises et Friedrich Hayek. Ces penseurs ont élaboré des critiques incisives de l'interventionnisme étatique. Les concepts de Mises sur les prix de marché comme mécanisme de coopération humaine sont particulièrement influents ; son livre L'Action Humaine a particulièrement inspiré Milei. Mises soutenait qu'une route intermédiaire entre le capitalisme et le socialisme entraîne inévitablement une dérive socialiste, une thèse que Milei embrasse pleinement.
De son côté, Hayek a amené Milei à remettre en cause les illusions de la justice sociale et à reconnaître l'importance d'un combat culturel. En outre, des penseurs tels que Murray Rothbard ont été cruciaux pour façonner la radicalité de sa proposition. Rothbard soutenait que l'impôt est un vol et dépeignait l'État comme un prédateur, en fournissant à Milei les bases d'une forme de libéralisme radical exempte de la tutelle de l'État.
Le livre met également l'accent sur des économistes latino-américains qui ont contribué à forger la pensée de Milei. Par exemple, Benegas Lynch Jr. a conceptualisé l'inflation comme une taxe invisible, sa réflexion figure parmi les arguments de Milei pour avancer le libéralisme comme solution à la pauvreté. Cette approche du libéralisme représente, selon Milei, une alternative solide pour les masses démunies.
Une autre figure importante est Huerta de Soto, dont les théories sur l'entrepreneur sont essentielles, touchant à des concepts proches de l'anarcho-capitalisme. Milei lui-même a offert un de ses ouvrages à Emmanuel Macron, soulignant que le libéralisme n’appartient pas seulement aux Anglo-Saxons. L’héritage intellectuel de l’École Autrichienne est profondément Européenne, issue des écrits de l'École de Salamanque, traduisant ainsi l'influence historique hispanique.
Miguères réussit donc à dégager une perspective enrichissante sur le mileisme en le reliant à une doctrine libérale plus vaste, tout en esquivant les banalités habituelles sur ce sujet. Ce livre constitue l'une des rares tentatives pour déchiffrer la logique interne du mileisme comme une nouvelle approche du libéralisme. Contrairement à d'autres réformistes, le mileisme s'appuie sur des théories économiquement fondées et sur des personnalités d'importance.
Un retour aux sources libérales en France
La réflexion de Milei pourrait, d'une certaine manière, résonner avec l'histoire libérale de la France. En effet, bien avant l'ascension du socialisme mental, la France a été le berceau de nombreux penseurs libéraux tels que Say, Bastiat, Aron et Alais, dont les travaux sont encore pertinents aujourd'hui. Loin d'être un simple reflet des pensées anglo-saxonnes, la pensée libérale française mérite d'être redécouverte.
Milei souligne également l'importance de la culture dans ce combat, comparant cela à l'échec du communisme. La simple énumération de faits et de statistiques sur les échecs sociao-économiques passés ne suffit pas. L'engagement dans un combat culturel est impératif, une posture que Milei défend également dans le cadre universitaire. Ainsi, un avenir libéral en France nécessiterait de redoubler d'efforts sur ce plan, pour établir des bases solides et préparer le terrain à une victoire potentielle des idées libérales.







