En seulement deux ans, Peter Magyar, nouvel acteur politique, a revitalisé le parti Tisza pour contrecarrer Viktor Orban, qui vise un cinquième mandat en tant que Premier ministre. Avec un style de communication efficace sur les réseaux sociaux et sur le terrain, ce conservateur de 45 ans a captivé les électeurs en promettant une refonte totale du système mis en place par Orban, dont il était pourtant un proche associé jusqu'à récemment.
En 2022, Magyar applaudissait encore les discours d'Orban aux côtés de Judit Varga, alors sa femme et ministre de la Justice. Toutefois, il n’hésitait pas à critiquer le régime d'Orban, se présentant comme un opposant au sein même du parti au pouvoir, le Fidesz. "Ils m'appelaient l'éternelle opposition", partage-t-il avec l'AFP en 2024, peu après son émergence sur la scène politique.
Son expérience d'ancien proche du pouvoir a joué en sa faveur, soutient Andrzej Sadecki, analyste au Centre d'études de l'Est (OSW) à Varsovie. "Il semble plus crédible pour certains anciens électeurs du Fidesz lorsqu'il dit que le système connaît une décomposition interne", note-t-il, ajoutant que "Magyar est semblable à Orban d'il y a vingt ans, mais sans les erreurs du passé".
Né le 16 mars 1981 dans une famille conservatrice influente, Magyar s'intéresse à la politique dès son plus jeune âge. Pendant ses études en droit, il se lie d'amitié avec Gergely Gulyas, actuel chef de cabinet d'Orban, et rencontre Judit Varga, avec qui il a trois enfants.
Après une carrière d'avocat, Peter Magyar devient père au foyer à Bruxelles lorsque sa femme commence à travailler avec le Fidesz en 2009. À son retour en Hongrie en 2018, il est nommé diplomate en affaires européennes, tandis que Judit Varga gravie les échelons pour devenir ministre de la Justice.
Inconnu du grand public jusqu'au début de 2024, lorsqu'il dénonce le système Orban après un scandale de grâce dans une affaire de pédocriminalité, Magyar affirme ne pas avoir d'ambition politique. Peu après, il organise un rassemblement attirant des dizaines de milliers de personnes.
Son attitude courageuse et sa capacité à prendre des risques lui valent rapidement le soutien de nombreux électeurs, souligne Veronika Kovesdi, spécialiste des médias à l'université ELTE de Budapest. Sa dynamique de communication sur les réseaux sociaux a permis de créer un fort élan émotionnel parmi ses partisans.
Peter Magyar a pris rapidement la direction du parti Tisza, qui, lors des élections européennes de 2024, a réussi à obtenir la seconde place après la coalition au pouvoir. Cependant, son ascension fulgurante est entachée par des accusations de violences domestiques par sa désormais ex-épouse Judit Varga, des allégations qu'il qualifie de "tsunami de mensonges".
Les experts, comme Mme Kovesdi, suggèrent que ces accusations pourraient, paradoxalement, renforcer sa légitimité. En termes de programme, Magyar promet d'améliorer les services publics tels que la santé et l'éducation tout en s'attaquant à la corruption omniprésente.
Sa vision étrangère se veut pro-occidentale : il ambitionne de faire de la Hongrie un allié fiable de l'Otan et un membre loyal de l'UE. Bien qu'il refuse l'envoi d'armes à l'Ukraine, à l'instar d'Orban, il ne partage pas pour autant la rhétorique hostile du leader hongrois envers Kiev.
Sur la question de l'immigration, il adopte des positions strictes, tout en restant flou sur les droits LGBT+, une tactique peut-être destinée à ne pas aliener l'électorat conservateur, selon Andrea Virag, directrice stratégique du groupe de réflexion libéral Republikon. Certains doutent toutefois de sa capacité à véritablement se distancier du régime d'Orban, tandis que d'autres électeurs de gauche soutiennent également Magyar, considérant qu'il représente la meilleure chance de changement.







