La 61e édition de la Biennale d'art de Venise a ouvert ses portes mercredi, avec un climat tendu, conséquence du retour de la Russie après son absence en 2022. Des manifestations marquantes et des réactions politiques sont à déplorer.
Pour la première fois, le collectif féministe Femen et le groupe russe Pussy Riot ont uni leurs forces devant le pavillon russe, frappant fort dès l'ouverture réservée à la presse. Arborant des cagoules roses ou dévoilant leur poitrine, elles ont exprimé leur indignation.
"La seule culture russe aujourd'hui est associée au sang", a déclaré Inna Shevchenko des Femen, en dénonçant la présence même de ce pavillon qui, selon elle, se trouve sur des fosses communes ukrainiennes.
La participation de la Russie, critiquée depuis son annonce en mars, a également provoqué des réactions au sein du gouvernement italien et de l'Union européenne. Cette dernière a menacé d'annuler une subvention de deux millions d'euros destinée à la Biennale, illustrant la volonté de ne pas cautionner cette présence artistique.
Suite à ces tensions, le jury de la Biennale a décidé de démissionner, excluant la Russie et Israël de son palmarès, en réponse à des mandats d'arrêt pour crimes de guerre émis par la Cour pénale internationale.
Le pavillon russe, construit en 1914, demeurera fermé au public, car son ouverture impliquerait des autorisations que les sanctions européennes empêchent. Cependant, des performances musicales y auront lieu durant les jours de presse, avant d'être diffusées à l'extérieur.
Alexeï Paramonov, ambassadeur de Russie en Italie, réagit en pointant l'ironie des sanctions culturelles que l'Union européenne impose. Il déclare sur Facebook que cela ne peut que dénaturer la transcendance artistique.
Le président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, défend l'autonomie de l'institution, soulignant que l'art doit rassembler, pas diviser. Il fait appel à la discussion plutôt qu’au boycott systématique.
En parallèle, des manifestations pro-palestiniennes ont également eu lieu devant le pavillon israélien, ajoutant à la dramaturgie de l’art face à la politique.
Pour rappel, lors de l'édition 2022, les artistes russes avaient déjà choisi de se retirer en signe de protestation contre les actes à l'égard de l'Ukraine. La résurgence de la Russie à la Biennale cette année a créé un climat de tension palpable.
Le président a insisté sur le fait que la Biennale dialogue avec toutes les nations ayant choisi d'y participer, sans éthique ou préjugés, affirmant que cette approche est essentielle dans un monde déchiré.
En revanche, la Commission européenne a réaffirmé que les fonds publics doivent promouvoir les valeurs démocratiques et la liberté d'expression, valeurs qui manquent, selon elle, dans la Russie actuelle.
Les organisateurs ont décidé de reporter la cérémonie de remise des prix prévue le 9 mai au dernier jour de la Biennale, le 22 novembre, où les visiteurs seront invités à voter. L'un des prix pourra être attribué à la Russie, illustrant encore les tensions contradictoires présentes.
Buttafuoco conclut en insistant que la Biennale n'est pas un tribunal, mais un lieu où Ukraine et Russie coexistent, malgré le conflit. "À Venise, nous n'embrassons pas les armes", affirme-t-il avec conviction.







