Dans une récente interview diffusée dans le programme “11/13”, Flore Maréchal a accueilli Elie Ziadé, grand reporter et chroniqueur à Ici Beyrouth, pour discuter des luttes armées persistantes au sud du Liban, marquées par des frappes israéliennes incessantes et un cessez-le-feu qui semble plus théorique qu'effectif. Dans un contexte régional chargé, l'analyse des enjeux diplomatiques s'avère cruciale.
Flore Maréchal : Plus de 3 000 victimes libanaises des frappes israéliennes, tandis qu'une vingtaine de soldats israéliens ont perdu la vie. Peut-on encore parler de trêve?
Elie Ziadé : En réalité, je suis sceptique quant à la possibilité d'un cessez-le-feu durable. Si l'on parle de trêve, c'est davantage sur le papier. Depuis le 17 avril, les frappes sur Beyrouth ont presque disparu, avec seulement quelques attaques limitées à certaines zones. Cependant, le combat fait rage le long de la frontière sud, avec de nombreux villages considérés comme zones tampons. Malgré des annonces répétées de cessez-le-feu, les combats se poursuivent. En somme, nous parlons plutôt d'une réduction de la violence.
En ce qui concerne l'armée israélienne, elle a intensifié ses frappes au-delà de la ligne jaune, une zone de sécurité et semble déterminée à protéger ses habitants. Attendez-vous un soutien plus fort de la part de la communauté internationale?
Elie Ziadé : Oui, il est essentiel que la communauté internationale intervienne. La ligne jaune, qui devait protéger les civils, est désormais touchée par les frappes israéliennes. Les militants du Hezbollah doivent effectivement se rapprocher de cette ligne pour obtenir de nouveaux armements, un fait risqué pour eux. Aujourd'hui, la seule personne capable de freiner les actions de Benyamin Netanyahou est Donald Trump. Son influence pourrait potentiellement ouvrir des perspectives de paix.
Toutefois, le président américain est lui-même engagé dans d'autres enjeux, notamment la question iranienne. Le Liban semble donc être mis de côté, en attendant une future pression internationale. Bien que le dossier libanais soit intrinsèquement lié à celui de l'Iran, les négociations entre Téhéran et Washington semblent éluder cette problématique, pour l'instant.
Les discussions en cours entre ces deux puissances n'incluent pas la cessation des frappes israéliennes au Liban. Cela reflète une volonté de séparer les dossiers, malgré leur interdépendance. Pourquoi cette approche?
Elie Ziadé : La stratégie actuelle cherche à diminuer l'influence du Hezbollah. Si l'Iran parvenait à instaurer un cessez-le-feu, cela renforcerait le Hezbollah au Liban, quelque chose que les États-Unis essaient d'éviter. Les pourparlers entre Libanais et Israéliens à Washington sont donc essentiels. Fin mai, une réunion de défense aura lieu, suivie d'une autre réunion politique début juin, même si la pression iranienne n'est pas synonyme de succès immédiat.
Pour Israël, la menace du Hezbollah est bien réelle, et Benjamin Netanyahou a clairement exprimé qu'il n'envisage pas une trêve solution. Pourrait-on alors voir cette guerre comme un prétexte pour revendiquer des objectifs politiques?
Les objectifs de guerre israéliens ont souvent été teintés de considérations politiques, avec des résultats difficiles à mesurer. En 2023, l'effort pour éradiquer le Hamas montre les limites de cette approche, et la même logique s'applique au Liban. À moins de résoudre de façon définitive le conflit, la présence du Hezbollah perdurera. Les possibilités de trouver un accord avec le Hezbollah exigent d'eux qu'ils acceptent de transcender leur rôle de proxy iranien, une condition que peu semblent prêts à accepter.







