Tandis que la mer du Nord balaie les côtes allemandes, des grues s'affairent sur des chantiers éoliens ambitieux. Une centaine d'ouvriers s'active autour d'un puits de béton renforcé. À 25 mètres sous terre, des tunneliers avancent de 10 mètres par jour pour creuser un tunnel de 5 kilomètres, qui permettra de poser six câbles haute tension sous l'Elbe. Ce projet sera achevé cet été.
Considérée comme une artère vitale pour l'Allemagne, l'infrastructure Südlink de 700 kilomètres transportera l'énergie éolienne vers le Sud industriel. Mathias Seibitz, chef de projet, souligne : "Cela fonctionnera dans les deux sens ; l'énergie solaire du Sud pourra également alimenter le Nord quand le vent ne souffle pas." Pour pallier la fermeture de ses centrales nucléaires et diminuer sa dépendance aux énergies fossiles, l'Allemagne a organisé un sommet sur l'éolien offshore à Hambourg, en collaboration avec neuf autres pays riverains, dont la France, pour atteindre une capacité éolienne de 300 GW d'ici 2050, l'équivalent de 250 centrales nucléaires.
Malgré ces engagements, sur les 120 GW projetés d'ici 2030, seulement 37 sont opérationnels, en raison de délais de raccordement et d'une instabilité réglementaire. La chute des investissements est préoccupante : chaque année, 300 milliards d'euros fuient vers des centres de données américains, des fonds qui pourraient soutenir la transition énergétique de l'Europe si le cadre législatif était plus clair.
Le paradoxe de TotalEnergies
Le cas de TotalEnergies illustre ces hésitations. En 2023, le géant a remporté des enchères, obtenant des concessions pour 7,5 GW à hauteur de 12,6 milliards d'euros, mais en 2026, il envisageait de se retirer, citant des retards et une conjoncture difficile. La société a récemment nié un retrait complet, affirmant que l'Allemagne reste un marché clé tout en effectuant un "examen stratégique" de ses concessions.
Malgré les signes préoccupants, la disponibilité des fonds souverains pour investir dans la transition énergétique est encourageante. "Pour les investisseurs américains, l'Europe représente une valeur refuge", note un financier basé à New York. Toutefois, la réglementation européenne et l'incertitude politique à Berlin et Paris risquent de freiner ces investissements cruciaux pour l'avenir énergétique de l'Union.







