Pour Tan Jin Chor, 86 ans, le Scrabble est bien plus qu'un simple jeu : "sans lui, j'éteindrais la lumière et tirerais ma révérence". Sa passion l'amène à parcourir les competitions internationales, comme celle de Bangkok cette année.
Ce Malaisien, qui a débuté à jouer autour d'une bière avec des amis, a investi des dizaines de milliers d'euros pour rivaliser avec des joueurs du monde entier lors des tournois. "La compétition m'enthousiasme, même si je ne suis pas toujours le gagnant", confie-t-il à l'AFP lors du dernier jour d'un grand championnat.
Lorsque Tan Jin Chor a commencé à concourir, il y a 35 ans, les récompenses se limitaient à des objets de faible valeur. Aujourd'hui, les enjeux ont considérablement augmenté, le vainqueur d'un tournoi peut repartir avec jusqu'à 10 000 dollars, attirant ainsi près de 450 joueurs pour le Causeway Challenge à Bangkok.
Michael Tang, l'organisateur de l'événement, insiste sur le fait que le succès au Scrabble ne réside pas uniquement dans la maîtrise de la langue anglaise. "C'est une question de mémoire, de stratégie et aussi une bonne dose de chance", explique-t-il, alors que les joueurs mélangent frénétiquement leurs jetons avant de créer des mots sur le plateau.
Tang évoque son mot préféré du tournoi, "Craziest", symbolisant son ambition de rassembler 1 000 compétiteurs lors d'un prochain événement en 2028. Les participants, anxieux de transparence, levèrent leurs sacs de lettres pour montrer qu'il n'y a pas de tricherie dans la sélection des jetons.
Le vainqueur du tournoi, David Eldar, décrit le Scrabble comme un défi intellectuel : "C'est stressant mais génial. La chance joue un rôle important, mais j'ai gagné même sans être le meilleur joueur ici." L'Australien de 36 ans projette de célébrer sa victoire autour d'une bonne bière.
Natalie Zolty, qui a hésité avant de s'engager dans les compétitions il y a dix ans, note que ce monde est encore largement dominé par les hommes. "Il faut beaucoup de temps pour atteindre un bon niveau, ce que de nombreuses femmes, avec des responsabilités, n'ont pas", explique-t-elle.
Avec une grande partie des participants non anglophones, elle souligne que les meilleurs joueurs opèrent souvent grâce aux mathématiques. "Comprendre les probabilités et les chances est plus crucial que la signification des mots", ajoute-t-elle.
Tan Jin Chor acknowledge son manque de compétences en mathématiques par rapport aux élites du Scrabble : "Je suis plutôt moyen, malheureusement", confesse-t-il. Son prochain tournoi, prévu en Malaisie, lui permettra de continuer sa passion, même si ses victoires sont rares.
"Je perds davantage que je ne gagne, mais je suis passionné et j'adore ça", conclut-il.







