Les élections présidentielles péruviennes s'annoncent particulièrement cruciales, opposant deux visions diamétralement opposées : d'une part, Keiko Fujimori, figure emblématique d'une dynastie politique controversée, et de l'autre, Roberto Sanchez, député de gauche. Le pays est en quête de stabilité face à l'instabilité et à une insécurité grandissante.
Keiko Fujimori, fille de l'ancien président Alberto Fujimori, se présente au scrutin pour la quatrième fois. Son héritage familial a longtemps constitué un obstacle, en raison de la condamnation de son père pour corruption et crimes contre l'humanité, ce qui a suscité des divisions profondes au sein de la population.
Malgré une légère avance dans les sondages, elle fait face à un concurrent déterminé : Roberto Sanchez, qui s'affiche comme l'héritier politique de Pedro Castillo, ancien président emprisonné pour avoir tenté de dissoudre le Parlement.
Près de 27 millions d'électeurs sont appelés aux urnes, baignant dans un climat de désillusion face à la criminalité et à la corruption. Huit présidents se sont succédé en seulement dix ans, ce qui a exacerbé la peur et l'insécurité parmi les citoyens.
Marco Sanchez, chauffeur de taxi de 38 ans à Lima, résume le sentiment général : "On est entre le marteau et l'enclume, entre deux maux. Je prévois de voter blanc." Un électeur sur quatre demeure indécis, ce qui rend l'issue de cette élection particulièrement incertaine. Les deux candidats, au premier tour, n'ont pas atteint 30% des voix, accentuant le scepticisme général.
D'après une enquête d'Ipsos, Keiko Fujimori devance Roberto Sanchez de trois points, mais les deux candidats se livrent à un échange d'accusations corrosives. Fujimori promet de rétablir l'ordre par une politique ferme, tandis que Sanchez évoque un changement radical au profit des exclus.
Sanchez, qui porte le chapeau paysan offert par Castillo, se positionne comme un champion des classes marginalisées, promettant de réformer la police et d'abroger les lois favorisant le crime organisé.
Le candidat de gauche ne laisse pas l'initiative à son adversaire, affirmant que "le chaos s'écrit avec un K" en référence à Keiko, qui lui répond en l'accusant d'incarner le désordre à son tour.
Le Pérou traverse une période de crises politiques continues, et le prochain président, qui prendra ses fonctions le 28 juillet, devra faire face à un Parlement sans majorité claire.
"La solidité des institutions démocratiques est en jeu", alerte Patricia Zarate, analyste à l'Institut d'études péruviennes (IEP).
Malgré la politique de fermeté de Fujimori contre l'insécurité, priorité des électeurs, les défis demeurent. En 2025, le pays a enregistré 26 500 plaintes pour extorsion, un chiffre alarmant en hausse constante.
Oliver Cotera, conducteur de moto-taxi de 50 ans, déplore la situation : "Si je ne paie pas les extorqueurs, je mets ma famille en danger."
Paradoxalement, l'économie péruvienne présente une croissance stable de 3,4% en 2025, marquant l'une des plus faibles inflations d'Amérique latine. Toutefois, le secteur informel demeure un risque, avec sept travailleurs sur dix n'ayant pas de statut formel. La lutte pour la stabilité politique et économique du Pérou vient de débuter.







