La résurgence de la rage représente-t-elle un danger imminent ? Le 10 juin, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a tiré la sonnette d'alarme quant à une recrudescence "préoccupante" des cas de rage dans plusieurs pays d'Europe centrale depuis 2021. Cette maladie virale, souvent fatale, peut être transmise à l'Homme et est principalement portée par certains animaux.
En Pologne, le nombre d'animaux infectés était resté inférieur à dix par an, mais 2021 a vu un saut à 113 cas, dont 103 au sein de la faune sauvage, majoritairement des renards. Les cas ont aussi explosé en Roumanie, Hongrie et Slovaquie, avec 109 cas rapportés en Roumanie en 2025, selon l'Anses.
Un homme a tragiquement succombé à la rage en Roumanie après avoir été mordu par un chien errant, marquant le premier décès humain dû à la rage par un animal non-volant dans l'Union européenne depuis 2012.
Les effets collatéraux du conflit en Ukraine
Hervé Bourhy, responsable du centre national de référence à l'Institut Pasteur, explique que cette recrudescence résulte de "l'émergence d'une souche de rage connue en Russie qui a gagné l'Europe centrale". Cette variante, selon l'Anses, n'avait pas été observée dans l'Union européenne depuis plus de dix ans.
Pour Emmanuelle Robardet, co-autrice de l'étude de l'Anses, cela met en lumière "l'impact des conflits armés sur la santé et la faune sauvage", dans le contexte de la guerre en Ukraine.
"Le virus circulait déjà en Ukraine avant le début du conflit, mais le nombre de cas a augmenté depuis", commente la chercheuse. La guerre perturbe également les systèmes de surveillance et de contrôle des maladies, entraînant la fuite d'animaux porteurs du virus vers d'autres régions.
Actuellement, le virus semble maîtrisé en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie, grâce à la vaccination des renards. Cependant, la Roumanie a stoppé son programme de vaccination, ce qui accroît les risques.
Malgré l'inquiétude, les systèmes de surveillance en France et au sein de l'Union européenne sont restés attentifs, assure Hervé Bourhy, qui conclut que "l'Europe dispose de tous les outils nécessaires pour prévenir une propagation plus large".
"Nous ne permettrons pas aux cas de se multiplier", ajoute-t-il.
Des mesures préventives efficaces
Pour limiter la propagation, l'Union européenne a soutenu pendant des années la vaccination des renards dans les pays voisins, créant ainsi une ceinture de sécurité autour de son territoire. Cela a été initié en France dans les années 1980 et, depuis 2001, le pays est considéré comme indemne de la rage du renard.
Les moyens d'éradication du virus sont bien établis, selon Hervé Bourhy. Les effets de la résurgence de la rage en Europe centrale semblent donc limités pour l'Union européenne, grâce à des régulations strictes sur la capture et le transport de renards, ainsi qu'un contrôle rigoureux des importations d'animaux domestiques.
Prudence à l'approche des vacances d'été
À l'approche de l'été, les spécialistes rappellent la nécessité d'éviter l'adoption d'animaux de provenance inconnue, particulièrement des pays où la rage sévit, comme la Roumanie, mais aussi des régions d'Asie et d'Afrique. Hervé Bourhy souligne que "le principal risque en France provient de l'importation d'animaux domestiques qui ne respectent pas les normes".
Dans les zones à risque, il est conseillé de limiter le contact avec les chiens, chats et singes, car le virus de la rage se transmet par la salive. En cas de morsure, il est crucial de consulter un centre médical immédiatement. Le dernier décès enregistré en France remonte à octobre dernier, lorsqu'un homme a trouvé la mort après un voyage au Maghreb.
Des cas rarissimes de transmission à l'humain par chauves-souris ont également été signalés, entraînant un décès en 2019. Pour ces espèces, les vaccins existants ne sont pas applicables, d'où l'importance de la vigilance en cas de contact.
La rage demeure l'une des rares maladies pour lesquelles un vaccin peut être administré après exposition. Sans traitement rapide, le taux de létalité frôle les 100%. Selon l'OMS, elle cause environ 59 000 décès par an mondialement.







