Chaque jour, le post-frontière d'Adré au Tchad voit arriver des 'retournés' fuyant le conflit soudanais, mais l'aide des agences humanitaires, dont l'OIM, se trouve entravée par un manque de fonds critiques.
Depuis le début de la guerre civile au Soudan en avril 2023, l'ONU rapporte que des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie et plus de 12 millions ont été déplacées, dont près d'un million se retrouvent désormais au Tchad.
Dans la chaleur accablante de cette région désertique, le mouvement incessant des charrettes témoigne de l'angoisse des familles. Chargées de biens allant vers le Soudan, ces véhicules reviennent souvent avec des personnes fuyant la guerre.
Récemment, SungAh Lee, directrice générale adjointe de l'OIM, a visité le poste-frontière d'Adré durant une mission de trois jours. Elle a pu discuter avec les 'retournés' tchadiens, ces migrants retournant chez eux à cause du conflit. "Il est crucial d'éveiller l'attention internationale sur la situation au Soudan et d'apporter un soutien accru", a-t-elle déclaré à l'AFP, tout en observant la détresse humaine visible sur le terrain.
Il est alarmant de constater que le Tchad a déjà accueilli plus de 400 000 retournés, un chiffre qui continue d'augmenter. Selon Lee, cela est dû à une véritable accélération des retours. "Plus de 5 000 Tchadiens sont en route vers leur pays natal en ce moment même", a observé Mahamat Issa Abakar, secrétaire général du département d’Assoungha.
Ce dernier a exprimé ses inquiétudes quant au manque de ressources pour aider les retournés. Les besoins exprimés par ces individus sont comparables à ceux des réfugiés, mais leur prise en charge est souvent négligée. "Nous sommes ici confrontés à un sentiment d'abandon", a déclaré un ancien travailleur humanitaire.
Dans le camp de Tongori, peuplé de plus de 13 000 personnes, les témoignages de Tchadiens retournés font état d'une grave crise alimentaire. "Nous manquons de nourriture depuis six mois!", s'est exclamé Ahmat Mahamat Hassan, âgé de 59 ans. Son appel à l’aide illustre la détresse d'une population souvent oubliée.
Saidé Yaya Abderamanou, jeune femme de 30 ans, a également partagé son désespoir face à l'absence d'activités génératrices de revenus, malgré les compétences présentes dans le camp. "Beaucoup d'entre nous avaient un emploi au Soudan. Certaines d'entre nous fabriquent des bijoux ou des vêtements. Pourquoi ne pouvons-nous pas mettre nos talents à profit ?"
Pour SungAh Lee, il est impératif d'allier aide d’urgence et création d'opportunités de travail. "Fournir une assistance permanente n'est pas une solution durable", a-t-elle affirmé. "Nous devons également mettre en place des initiatives qui valorisent les compétences des retournés", ajoute-t-elle.
Toutefois, Lee a également évoqué les difficultés croissantes rencontrées par l'OIM. Le plan d'assistance pour l'Est du Tchad est à peine financé à 19 %, avec des besoins évalués à 21 millions de dollars pour l'année 2026. "Sans financements supplémentaires après octobre 2026, nous ne pourrons plus répondre aux besoins humanitaires", a-t-elle averti.







