Alors qu'un accord de paix est imminent, les Iraniens installés en France affichent une réelle complexité dans leurs réactions. L'annonce faite par Donald Trump, qui revêt un caractère diplomatique important, est accueillie avec prudence, compte tenu des répressions en cours au sein du régime iranien.
Près de trois mois après le début des violences au Moyen-Orient, une nouvelle étape se dessine avec la signature de l'accord de paix prévue vendredi en Suisse. Cependant, les voix de la diaspora iranienne sceptiques parlent de désillusion face à la situation actuelle. "Ce sera difficile d'y voir un bénéfice pour notre peuple tant que la répression continue", affirme Hamid Enayat, politologue et spécialiste de l'Iran.
Les coupures d'accès à Internet, qui ont été fréquentes depuis le mois de mars, compliquent encore davantage l'expression des Iraniens sur place. En effet, cette restriction d'accès nuit à la circulation des informations et limite la capacité de la population à manifester son mécontentement.
Les membres de la diaspora ressentent un sentiment d'injustice et parlent de gâchis. Saleh, un réfugié, déclare au micro de RMC : "À quoi ça a servi tout ça ? Les États-Unis ont déclenché cette guerre et ne semblent pas vraiment intéressés par les souffrances du peuple."
Une militarisation du pouvoir
Avec la mort de figures emblématiques du régime, comme Ali Khamenei, l'influence des militaires s'est accentuée. D'après la sociologue Azadeh Kian, "le régime se tourne vers la répression pour maintenir sa légitimité après la guerre. Les militaires voient cela comme une victoire et s'accrochent aux commandes du pays. À travers cette guerre, ils peuvent renforcer leur contrôle et intensifier les arrestations", prévient-elle.
Hamid Assadollahi, porte-parole d'un comité de défense des droits de l'homme, insiste sur la nécessité d'imposer des conditions humaines rigoureuses. "La question des droits de l'homme a été mise de côté pendant trop longtemps, et il est crucial que cela change", déclare-t-il.
Une crise économique qui s'aggrave
Les sanctions économiques, en plus du conflit, ont plongé l'Iran dans une crise sans précédent, augmentant la colère populaire. L'espoir d'une reconstruction après la paix s'évanouit alors que les incitations financières de 300 milliards de dollars des États-Unis ne s'appliqueront qu'en fonction de concessions majeures de Téhéran.
"Les bombardements ont entraîné des licenciements massifs. Les Iraniens réclament une fin à la guerre tout en restant en colère contre le régime", rappelle Kian.
Vers un prochain soulèvement ?
Masi, un autre rescapé de la diaspora, exprime son désespoir, disant : "La guerre ne nous a pas rapprochés de la paix. Elle a désorganisé notre société, et il faudra du temps pour qu'elle retrouve sa force et défie le régime à nouveau."
Pour le réalisateur Hossein Rajabian, cet accord risque de ne pas apaiser les tensions. "Cela semble plus être une pause qu'une solution. Le peuple iranien est à bout de nerfs, et le régime, à bout de souffle. Nous verrons sans doute de nouvelles tensions dans les mois à venir", conclut-il.
Beaucoup espèrent encore qu'un soulèvement populaire, renforcé par la formation d'unités de résistance, changera éventuellement la donne. "Ce n'est pas une simple manifestation qui sera suffisante contre un régime armé", avertit Hamid Assadollahi, jurant qu'une mobilisation collective pourrait renverser le statu quo actuel.







