Les répercussions d'un conflit à l'échelle internationale peuvent parfois se manifester bien au-delà des frontières. Les lycéens de terminale du lycée Saint-Joseph-de-Tivoli à Bordeaux, engagés dans un projet éducatif centré sur le génocide arménien de 1915-1916, l'ont appris à leurs dépens.
Alors qu'ils affinaient les dernières préparations de leur voyage vers l'Arménie, l'enseignante Marie Laulan a dû annoncer, le 19 mars, que le projet était modifié en raison de la situation géopolitique dangereuse amplifiée par les tensions dans le détroit d'Ormuz. Neuf jours avant leur départ, la nouvelle a été difficile à digérer.
Cependant, loin de se laisser abattre, les élèves ont décidé de poursuivre leur sensibilisation en se rendant en Pologne pour visiter le camp d'extermination d'Auschwitz. Selon Marie Laulan, "l'essence de notre projet initial est restée intacte, même dans cette transformation".
"L'histoire me passionne. La reconnaissance récente du génocide arménien m’a profondément touchée" - Élève du lycée.
La motivation de Marie Laulan a été exacerbée par sa découverte du livre Arménie : Un génocide sans fin de l'historien Vincent Duclert. "Ce livre a totalement transformé ma perspective", confie-t-elle. L'Arménie, bien que non liée à ses origines, est devenue un sujet de préoccupation majeur.
Une base d'échanges culturels
Dès le premier jour de classe, Marie a pu capter l'intérêt de ses élèves. Zadig, un des élèves, se souvient d'un mail adressé à un historien qui avait visité leur classe, qui a encouragé leurs efforts. "On était tellement excités à l'idée de partir en Arménie", raconte Mathys, un autre élève. Leur projet a donné lieu à de nombreuses initiatives, allant au jumelage avec un lycée à Erevan jusqu'à des projections de films avec des artistes arméniens.
"Ce qui était captivant, c'était la diversité des points de vue parmi nous, certains étant plus réservés, d'autres plus impliqués", a noté Élisabeth, une élève. Ce voyage a également été l'occasion d'un engagement dans la commémoration du génocide à Bordeaux, où ils ont déposé une gerbe lors d'une cérémonie le 24 avril.
Bien que l'Arménie ait échappé à leur itinéraire, pour Marie Laulan, l'espoir de visiter ce pays est bien vivant, et elle prévoit même de publier un ouvrage à ce sujet en collaboration avec le CNRS en octobre 2027. Les élèves, eux, conservent une empreinte indélébile de cette expérience. Mathys conclut : "99,9 % du projet a été réalisé avec succès." Pour eux, l'essence du voyage demeure ce qu'ils ont appris sur les célébrations de la mémoire collective et l'histoire.







