L'Assemblée nationale du Venezuela a décidé, en l'absence d'accord, de reporter l'adoption de la loi d'amnistie générale censée engendrer des libérations massives de prisonniers politiques. Cette décision, attendue sous la pression de Washington, avait été promise par la présidente par intérim Delcy Rodriguez.
« Pour maintenir un climat de dialogue et de consensus, nous avons convenu de reporter la discussion des articles restants afin d'éviter des débats inutiles et d'approuver la loi lors d'une prochaine séance », a déclaré Jorge Arreaza, président de la commission responsable de la loi, après un vote unanime portant sur ce report.
La loi avait déjà été approuvée en première lecture le 5 février et devait initialement être votée ce jeudi.
Cette annonce était particulièrement attendue par de nombreuses familles de prisonniers. En effet, des milliers de personnes ont pris part à la première grande manifestation d'opposition depuis la chute de Nicolas Maduro, capturé par l'armée américaine le 3 janvier. L'événement a eu lieu à l'Université centrale de Caracas (UCV), un bastion de critique contre le chavisme, doctrine socialiste fondée par l'ancien président Hugo Chavez.
Les discussions au sein de l'Assemblée se sont cristallisées autour de l'article 7, stipulant que les personnes bénéficiant de l'amnistie doivent « se mettre en règle ». Le député Luis Florido a vivement contesté cet article, affirmant que « celui qui invoque une amnistie est reconnu coupable », tandis qu'Iris Varela, ancienne ministre, a souligné qu'une personne non coupable n'aurait pas besoin de demander d'amnistie.
« Nous ne votons pas uniquement pour une loi aujourd'hui, mais pour une chance historique pour notre pays », a réagi la députée d'opposition Nora Bracho. Elle a insisté sur la nécessité d'une stabilité pour permettre une transition démocratique et d'une paix avec mémoire.
Le procureur général Tarek William Saab, ayant participé aux consultations sur la loi, a souligné l'importance du dialogue dans ces débats. Il a également évoqué que l'amnistie devrait s'accompagner d'un geste de la part des États-Unis, notamment la libération du président déchu Maduro et de son épouse, actuellement retenus à New York.
En parallèle, la présidente par intérim Delcy Rodriguez a également annoncé l'ouverture des vastes ressources pétrolières du pays au secteur privé, et la fermeture de la prison de l'Hélicoïde, qualifiée de centre de torture par l'opposition.
Jorge Rodriguez, frère de Delcy et président de l'Assemblée, a évoqué la semaine dernière que l'adoption de la loi entraînerait la libération de tous les prisonniers politiques. Ce débat coïncide avec la visite au Venezuela du ministre américain du pétrole, Chris Wright, qui a parlé d'un « tournant » dans les relations bilatérales.
Dans la matinée, des milliers de manifestants arboraient des slogans tels que « On n’a pas peur ! » et appelaient à une « amnistie maintenant », un mouvement soutenu par la cheffe de l'opposition, Maria Corina Machado, qui a partagé des images de la manifestation sur le réseau social X.
Une étudiante de 26 ans présente à la manifestation, Dannalice Anza, a déclaré à l'AFP : « Nous avons longtemps vécu dans le silence face à la répression, mais aujourd'hui, nous nous levons pour exiger les droits qui sont essentiels pour notre pays ».
Le pouvoir a également organisé une manifestation qui a attiré un grand nombre de participants en cette journée de la Jeunesse.







