Des drones et des favelas : le nouveau visage du tourisme à Rio

Les drones transforment le tourisme à Rocinha, mais suscitent des débats éthiques.
Des drones et des favelas : le nouveau visage du tourisme à Rio
©Pablo PORCIUNCULA, AFP - Une touriste se fait filmer par un drone sur le toit d'une maison dans la favela de Rocinha, à Rio de Janeiro, au Brésil, le 5 mars 2026

Perchés sur un toit à Rocinha, la plus grande favela de Rio de Janeiro, des visiteurs attendent la capture de leur image par un drone, avant de se laisser guider vers des panoramas emblématiques de cette mégapole brésilienne.

Ces vidéos filmées pour environ 150 réais (environ 25 euros) deviennent virales sur les réseaux sociaux, provoquant des files d'attente parfois longues de deux heures.

Cependant, leur succès soulève un malaise, certains critiques arguant d'une romantisation de la pauvreté qui règne dans ces quartiers sous l'influence des narcotrafiquants.

Renan Monteiro, 42 ans et fondateur de l'agence de tourisme Na Favela Turismo, défend cette initiative : "On ne romantise pas la pauvreté... On veut briser les préjugés", confie-t-il à l'AFP.

"Notre mission est de mettre en avant le côté positif de Rocinha", un lieu riche de vie et d'histoire, où résident plus de 70.000 habitants.

Les touristes prennent part à une visite guidée avant de se prêter au jeu du tournage, déambulant dans les ruelles animées tout en croisant les habitants vaquant à leurs occupations quotidiennes.

"Bien que Rocinha ait la réputation d'être dangereux, j'ai adoré découvrir l'ambiance", souligne Gabriel Pai, 38 ans, un visiteur du Costa Rica.

- "Un nouveau genre de safari" -

Ingrid Ohara, influenceuse brésilienne avec 12 millions d'abonnés sur Instagram et 20 millions sur TikTok, a récemment mis en scène une chorégraphie sur les toits de la favela.

"Je voulais créer une vidéo ici parce que cela devient viral dans le monde entier", explique-t-elle, soulignant que ces contenus reflètent la culture de Rio.

Renan Monteiro rappelle que ce type de tourisme est bien plus apprécié que les "safaris" d'antan, où les visites se faisaient en jeep décapotable.

Ces visites, cependant, ont été suspendues après une tragédie en 2017, lorsque une touriste espagnole a perdu la vie dans une fusillade entre la police et des narcotrafiquants.

Lorsqu'ils sont revenus, les touristes ont été guidés par des circuits sécurisés conçus avec des leaders communautaires pour éviter qu'ils n'errent dans des zones sensibles.

Une application a été créée pour suivre la localisation des guides et gérer le flux de visiteurs, avec des alertes en cas de raid policier.

Avec 300 guides formés et des pilotes de drone issus de la favela, Renan a veillé à ce que les propriétaires des lieux utilisés pour les prises de vues soient également rémunérés, créant ainsi des opportunités économiques.

Pedro Lucas, 19 ans, pilote de drone, témoigne : "Ça a changé ma vie et ce serait bien que d'autres aient la chance de vivre cela aussi."

- "Un contraste exaltant" -

Le tourisme à Rio est en plein essor, avec des événements comme le carnaval et des paysages à couper le souffle qui attirent de nombreux visiteurs. L'agence gouvernementale de tourisme Embratur a révélé qu'environ 290.000 touristes étrangers ont visité la ville en janvier, un chiffre record.

En février, Na Favela Turismo a accueilli 41.000 visiteurs à Rocinha et dans le quartier voisin de Vidigal.

Claudiane Pereira dos Santos, femme de ménage de 50 ans, voit d'un bon œil cet afflux de touristes. "Les gens associent souvent les favelas à des idées négatives, mais il y a tant de personnes formidables qui travaillent dur", exprime-t-elle.

Cecilia Olliveira, directrice de l'Institut Fogo Cruzado, qui suit les violences dans ces quartiers, partage son analyse : "Je comprends que certains habitants voient cela comme une opportunité économique, mais il est vital que la favela ne soit pas réduite à un simple décor ou un contraste exotique."

Elle prévient des dangers de résumer une communauté vivante et complexe à un stéréotype, et appelle à préserver la richesse de la culture locale face à la tendance à la marchandiser.

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