Pour l'historien Jean Garrigues, le macronisme, tel qu'il avait été envisagé, demeure un échec tant politique qu'économique. Malgré une succession de crises extérieures majeures, Emmanuel Macron n'a pas réussi à instaurer un véritable mouvement politique durable, ni à préparer des héritiers pour poursuivre sa vision.
Quelle vision du macronisme pourrait-on partager ?
Initialement, Emmanuel Macron vise à adapter le modèle social français à la mondialisation, en prônant l'essor de la « start-up nation ». Ce modèle propose un assouplissement des charges fiscales pour les entreprises et la simplification du Code du travail, dans l'espoir de générer un effet de « ruissellement » économique. Cependant, cela s'accompagnait d'une ambition politique plus large, visant une transformation démocratique qui aurait dû émanciper la voix des citoyens jusqu'aux sommets de l'État.

Quelles en sont les raisons d'un échec apparent ?
La popularité d'Emmanuel Macron a commencé à se détériorer suite à l'affaire Benalla en 2018, renforçant l'image d'un président vulnérable et entouré de controverses. Des commentaires jugés méprisants renforcent cette perception négative. Ce décalage entre l'image du président et les réalités du terrain, ainsi qu'une politique économique en demi-teinte, marquent un tournant. Néanmoins, il reste une certaine réussite dans la réduction du chômage, un enjeu majeur dans la société française aujourd'hui.
En termes d'attractivité, la France a su séduire les investissements étrangers, représentant un autre succès significatif des quinquennats de Macron. Cependant, la tentative de bâtir une démocratie renouvelée semble avoir échoué, laissant place à la polarisation du paysage politique, renforcée par la montée des extrêmes.
Les crises, allant des Gilets jaunes au Covid-19, ont balayé les efforts de redressement. La réalité économique actuelle présente des défis majeurs, tels qu'un déficit budgétaire croissant et une désindustrialisation bien visible. Jean Garrigues note notamment les dégâts causés dans le secteur pharmaceutique, qui au moment de la pandémie a révélé des faiblesses structurelles significatives.
L'ascension d'En Marche et Renaissance est-elle avortée ?
Garrigues souligne un autre échec majeur de Macron, l'incapacité à bâtir une véritable idéologie politique. Au début de son mandat, le concept de progressisme émergeait, mais il a depuis disparu. La création d'une famille politique pérenne, inspirée par des figures comme De Gaulle, a échoué. Les « héritiers » potentiels d'Emmanuel Macron, tels qu'Édouard Philippe, semblent également s'éloigner, affaiblissant les racines du mouvement.
Un retour à l'affrontement traditionnelle droite-gauche est-il inévitable ?
Le paysage politique semble en effet se globaliser autour d'une polarisation accrue, entre une droite radicale et une gauche tout aussi extrême, illustrant une dynamique similaire à celle observée par le passé, mais dans un état de fragmentation plus marqué. Dans ce contexte, la perspective d'une élection présidentielle en 2027 pourrait favoriser une candidature modérée.
Le style de gouvernance d'Emmanuel Macron peut-il être associé à sa jeunesse ?
Jean Garrigues y voit une dynamique indéniable. L'absence d'expérience politique et de lien avec le terrain a, selon lui, contribué à l'émergence de crises d'image, notamment lors des élections. La question se pose désormais sur l'avenir de nouveaux candidats pour 2027, tels que Jordan Bardella, sans passifs d'expérience politique. Selon lui, une ignorance de la réalité territoriale pourrait s'avérer problématique pour toute prétention au pouvoir.







