"La compétition se joue entre le communiste et moi", affirme fervemment Julien Sanchez, eurodéputé du Rassemblement National. Néanmoins, la droite, récemment unie à Nîmes pour le second tour, entend bien jouer un rôle décisif dans cette élection municipale en pleine effervescence.
Jusqu'ici, la préfecture du Gard était l'une des dernières grandes villes sous contrôle des Républicains. Mais au terme du premier tour, les habitants de la cité antique ont manifesté leur préférence en plaçant Julien Sanchez en tête avec 30,39 % des voix, seulement 163 voix devant Vincent Bouget, représentant du Parti Communiste Français (PCF), qui a quant à lui récolté 30,05 %. Bouget mène une liste qui allie communistes et amis de Raphaël Glucksmann, bien qu'aucun membre de La France Insoumise ne fasse partie de son équipe.
Cette élection a également vu s’affronter deux figures de proue de la droite locale : Franck Proust, qui a terminé troisième avec 19,55 %, et Julien Plantier, quatrième avec 15,55 %. Les deux hommes ont finalement décidé de s'unir pour maximiser leurs chances face à la concurrence.
Dans les rues de Nîmes, les candidats se rencontrent fréquemment, en particulier pendant les heures de marché. Julien Sanchez, 42 ans, s’adressait aux Nîmois, les encourageant à voter pour « la seule liste capable de rassembler » pour le second tour. Il avertit que sans un vote concentré à droite, le PCF pourrait l'emporter.
Face aux critiques qui lui reprochent d'être outsider à Nîmes après avoir été maire d'une autre commune du Gard, il rétorque en mettant en avant son expérience réussie à Beaucaire.
- Une union pragmatique -
Sanchez n’hésite pas à critiquer la liste de droite, issue de la fusion entre celle de Proust et celle de Plantier. Il prédit qu'ils n’atteindront pas les 20 % de voix, arguant que leur union, bien que politiquement nécessaire, pourrait manquer de soutien populaire. "Je voterais pour Trump s'il était américain", a-t-il même affirmé dans le Midi Libre, se positionnant en défenseur assumé de la corrida.
À quelques pas de là, Julien Plantier, avocat de 40 ans, en troisième position sur la liste unifiée, justifie cette alliance en affirmant être engagé à éviter « que la ville ne tombe dans les extrêmes ». Un habitant de Nîmes, Borca, témoigne de sa satisfaction quant à cette fusion, la jugeant logique et reflet des aspirations des commerçants locaux.
Proust continue à faire campagne dans divers quartiers, y compris Pissevin, un secteur en proie à l'insécurité. En distribuant des tracts arborant le slogan "Le choix de la raison", il rappelle que, selon lui, leur total combiné indique qu'ils sont en tête, pas le RN.
Les préoccupations des Nîmois sont très présentes. Zoher, un commercial de 61 ans, fait part du sentiment d'insécurité généralisé dans la ville, rapportant que de nombreux électeurs sont désillusionnés et doutent que les candidats se distinguent réellement.
- Un aventurier en politique -
Mercredi soir, dans une ambiance électrisante, Vincent Bouget, enseignant et membre du PCF depuis deux décennies, a rassemblé entre 1.000 et 2.000 personnes à un meeting en plein air. Il prône un choix basé sur le dialogue et la solidarité, s'opposant à la stratégie « de la raison » défendue par ses adversaires. Bouget évoque avec nostalgie l'élection de 1995, lorsque la droite, divisée, avait cédé face à un candidat communiste.
Il prévient néanmoins que la victoire de la gauche n'est pas garantie et pointe la montée de Sanchez, qu'il qualifie d'« aventurier de la politique » qui s'inspire de figures telles que Jean-Marie Le Pen et Donald Trump. Pour Bouget, si Nîmes venait à passer sous la coupe de la droite ou du RN, ce serait un revers majeur pour Les Républicains.
Pour le RN, ancrer son influence sur la côte méditerranéenne est essentiel, tout comme pour le PCF, qui cherche à redorer son blason dans le sud. Bruno Retailleau et Jordan Bardella, les leaders respectifs de LR et du RN, se sont d'ailleurs déplacés pour soutenir leurs candidats dans cette élection cruciale.







