Eurenco refuse de rendre hommage aux travailleurs indochinois à Bergerac

Une exposition en hommage aux travailleurs indochinois à Bergerac fait débat.
Eurenco refuse de rendre hommage aux travailleurs indochinois à Bergerac
4 000 travailleurs vietnamiens ont été recrutés de force dans leur pays et envoyés à Bergerac pour travailler. © Crédit photo : Galerie Bondier-Lecat

Alors que l'entreprise Eurenco a été sollicitée depuis fin février pour installer une exposition photographique dédiée aux travailleurs indochinois, elle invoque des raisons juridiques contestées. Le journaliste Pierre Daum, qui mène des recherches sur l'histoire de ces travailleurs, s'interroge sur le refus de l'entreprise de participer à cette initiative mémorielle.

Neuf décennies après leur départ de la poudrerie de Bergerac en 1944, l'hommage aux 4 000 Vietnamiens recrutés de force pendant la Seconde Guerre mondiale semble loin d'être acquis. Pierre Daum, qui documente leur histoire depuis trois ans, déplore le manque de communication de la part du groupe Eurenco.

Une action symbolique

Dans un mail envoyé au directeur d'Eurenco, Daum proposait simplement de présenter une exposition de photographies géantes sur le mur de l'entreprise. Ces clichés proviennent d'une collection exceptionnelle de Robert Bondier et sont archivés par son petit-fils, Michel Lecat. Daum visait le mois de mai pour cette exposition, en lien avec l'inauguration prévue du Mémorial des travailleurs indochinois à Creysse.

Il rappelle que ces travailleurs ont souffert de conditions inhumaines, étant exposés à la faim, au froid, et à un régime de surveillance autoritaire. Des archives montrent même que leur taux de mortalité était alarmant, quatre fois supérieur à celui de la population locale.

Les réponses d'Eurenco

Après avoir relancé l'entreprise, Daum a reçu une réponse qui met en avant des contraintes juridiques. Eurenco évoque que le mur de la poudrerie est classé et soumis à des régulations strictes. Mais selon le service de conservation régional des monuments historiques, les murs ne sont pas protégés au titre des monuments historiques, et il serait possible d'y installer des éléments extérieurs, ce qui contredit les affirmations faites par l'entreprise.

Un sujet délicat

Jérémy Caillé, délégué CGT chez Eurenco, a exprimé son malaise face à l'attitude de la direction, soulignant l'importance de rendre hommage à ces travailleurs. Quant à Pierre Daum, il a déclaré : "C'est scandaleux qu'un prétexte de sécurité soit utilisé pour justifier le refus d'une mémoire collective." Les tensions s'accumulent alors que l'inauguration du Mémorial approchent, prévue pour le 30 mai à Creysse.

Conclusion

Le refus d'Eurenco soulève des débats sur la manière dont les entreprises s'engagent avec leur passé colonial et historique. Alors que la mémoire des travailleurs indochinois reste vivante grâce à des efforts comme ceux de Pierre Daum, la question demeure : pourquoi la poudrerie refuse-t-elle de reconnaître leur contribution ?

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