Le ministre de la Justice Gérald Darmanin propose un "moratoire de trois ans sur l'immigration", une initiative qui a suscité de vives réactions. Le porte-parole du Rassemblement national, Julien Odoul, l’a critiqué, affirmant que Darmanin avait "délivré près de 1,5 million de premiers titres de séjour" durant son mandat.
Dans une interview accordée au Journal du Dimanche le 23 mai, Darmanin a déclaré : "Nous sommes arrivés à la limite de nos capacités d'intégration et d'assimilation." Cette position a été accueillie par le Rassemblement national avec des accusations selon lesquelles il serait le "pire ministre de l'Intérieur en matière de premiers titres de séjour".
Julien Odoul a précisé : "Sous Darmanin, 1,5 million de titres de séjour ont été délivrés, soit une moyenne de 25 000 par mois. C'est un record."
Une analyse nuancée des chiffres
Bien que les chiffres avancés par Odoul soient fondés, l’analyse mérite d'être approfondie. Effectivement, près de 1,5 million de premiers titres de séjour ont été attribués entre juillet 2020 et septembre 2024, selon des données de la Direction générale des étrangers en France. Toutefois, ces chiffres doivent être contextualisés par la durée de son mandat. Darmanin est le ministre de l'Intérieur ayant occupé ce poste le plus longtemps depuis quinze ans, totalisant 51 mois.
Pour effectuer une comparaison pertinente, il est préférable de calculer la moyenne mensuelle d'attribution de titres. En faisant cela, Darmanin se classe deuxième avec 28 569 titres en moyenne par mois, derrière Bruno Retailleau, qui atteint 31 321.
Il est également important de noter que le nombre de premiers titres délivrés augmente chaque année, malgré quelques fluctuations, telles que celles liées à la pandémie de Covid-19. Les préfets, et non directement le ministre de l'Intérieur, sont responsables de l'attribution de ces titres.
Motivations derrière les attributions
Les premiers titres de séjour sont principalement accordés à des étudiants qui s'inscrivent dans les établissements d'enseignement supérieur français. Pour 2025, on prévoit l'attribution de plus de 117 000 titres à des étudiants, bien que ces chiffres fassent encore l'objet de vérification.
Le second motif d'attribution est humanitaire, ayant connu une augmentation de 65% en 2025, souvent sous forme de protection subsidiaire, accordée à ceux qui ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié mais qui sont en danger dans leur pays. Le regroupement familial suit en troisième position, tandis que les raisons économiques arrivent en dernier.
Les décisions politiques à l'échelle régionale peuvent également influencer ces chiffres. Par exemple, le nombre de premiers titres de séjour a bondi de 60% en 2021, à la suite d'une forte demande post-Brexit en provenance du Royaume-Uni.
Enfin, il convient de garder à l'esprit que le nombre de nouveaux arrivants est relaté par le solde migratoire, qui prend en compte les départs. En 2021, par exemple, seuls 159 000 immigrés ont effectivement été ajoutés à la population française, si l'on tient compte des départs, selon les données de l'INSEE.
Dans un rapport remis au Parlement, la Direction générale des étrangers en France a précisé que "le flux d'immigration représente 0,6% de la population française, comparé à une moyenne de 1,3% dans les 27 pays de l'UE." Cette situation place la France parmi les pays ayant le plus faible solde migratoire par rapport à leur population.







