À l'occasion de la semaine de la santé sexuelle, les services de la Collectivité de Corse intensifient leurs efforts pour aller à la rencontre du public. En effet, des signaux d'alerte, tels que des pratiques erronées et des idées reçues, suscitent l'inquiétude chez les professionnels de la santé. Selon Valériane Grisoni, directrice adjointe à la promotion de la santé à la CDC, « les jeunes corses souffrent d'un manque significatif d'informations concernant la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST), ainsi que sur leur sexualité en général ». Elle déplore que l’information provenant de plateformes comme TikTok semble largement plus crédible aux yeux des jeunes que celle délivrée par des professionnels de santé.
« Quand l'information ne mentionne pas le préservatif comme moyen de protection contre les IST, il est évident que leur utilisation chute », ajoute-t-elle. Malgré ce constat préoccupant, les professionnels restent optimistes quant à leur capacité à redresser la situation.
Tout au long de cette semaine, des permanences sont mises en place à travers la Corse, offrant des conseils et des informations de manière entièrement anonyme. En collaboration avec l'Agence Régionale de Santé et le Centre Ressource Intim'Agir Corse, ces initiatives visent à encourager ceux qui le souhaitent à profiter de ces ressources.
Un constat préoccupant
La situation est d'autant plus alarmante que l'île semble suivre une tendance inquiétante au niveau européen : une baisse de l'utilisation des méthodes de prévention, accompagnée d'une hausse des cas d'IST. Stéphanie Brun, sage-femme impliquée dans cette semaine, indique que « les jeunes sont souvent surpris d'apprendre qu'ils peuvent contracter des infections par le biais de pratiques comme le cunnilingus ou la fellation ». L'Agence Régionale de Santé souligne, dans son bilan 2019-2023, que l'infection à Chlamydia trachomatis est la plus répandue en Corse, mais le taux d'incidence chez les hommes a fortement augmenté par rapport au dépistage ces dernières années.
Les chiffres de la vente de préservatifs demeurent alarmants, car ils sont toujours inférieurs à ceux observés avant la pandémie de Covid-19. La directrice souligne que de nombreux jeunes pensent encore que le risque ne concerne que les rapports sexuels pénétrants, une idée qu'il faut déconstruire de toute urgence.
L'influence néfaste de la pornographie
Un autre aspect préoccupant de cette problématique réside dans l'éducation sexuelle inappropriée propagée par les réseaux sociaux et les sites pornographiques, notamment auprès des mineurs. « En moyenne, les enfants accèdent à leur première image pornographique à l'âge de 9 ans », précise Stéphanie Brun. Ces contenus sont souvent subis, facilitateurs d'une culture de la désinformation.
Les conséquences peuvent être graves. Béatrice Copper-Royer, une psychologue clinicienne, décrit ce phénomène comme une « effraction psychique », expliquant que les enfants sont souvent psychologiquement mal préparés à faire face à ces images. Maria Hernandez-Mora, également spécialisée dans les addictions, évoque un « viol psychique », indiquant que ces représentations peuvent traumatiser les jeunes. Les experts s'accordent à dire qu'il est urgent de « déconstruire » ces schémas dès que possible pour éviter les risques de comportements inadaptés, pouvant mener à des violences sexuelles, même chez des mineurs.
Dans ce contexte, les services de prévention se mobilisent, mais une sensibilisation accrue du public est primordiale pour contrer cette désinformation et protéger les jeunes générations.







