Depuis le 5 janvier, plus de 20 000 médecins libéraux se mobilisent en France. Samedi dernier, ils ont emprunté près de 90 bus vers Bruxelles, un acte symbolique pour dénoncer les conditions de leur profession et le fait qu'un nombre croissant de praticiens choisissent de s'installer en Belgique pour trouver des opportunités de travail.
L'« Opération Bruxelles » a pour but d'attirer l'attention sur la détérioration du modèle économique de la santé en France. Selon Franceinfo, ce mouvement de protestation fait écho aux inquiétudes croissantes des professionnels de santé face à certaines dispositions de la loi de financement de la Sécurité sociale.
Pour le Dr Ambroise Salin, chirurgien urologue, ce voyage est représentatif d'une tendance alarmante : « De plus en plus de médecins et de chirurgiens peinent à exercer efficacement en France », déclare-t-il. Les professionnels de santé points du doigt une tarification fixe de leurs actes médicaux, majoritairement dictée par la Sécurité sociale. Cette situation est particulièrement problématique car elle ne couvre souvent pas les frais inhérents à la pratique médicale, tels que le coût des interventions chirurgicales ou des équipements spécialisés.
De nombreux médecins considèrent les tarifs de la Sécurité sociale comme très en dessous des attentes. Des données indiquent que les dépassements d’honoraires représentent parfois plus d'un tiers des revenus des praticiens, ce qui démontre l'écart entre les frais et les revenus effectivement perçus. Le docteur Salin souligne : « Les honoraires complémentaires n'atteignent souvent que 60 % des frais engagés. On est loin des abus souvent évoqués. »
Les médecins, des piliers invisibles de la santé publique
Depuis le début de la grève, l'activité des médecins libéraux a chuté de 15 % et près de 150 000 interventions ont été déprogrammées. Philippe Cuq, coprésident du syndicat Le BLOC, évoque également la fermeture de 80 % des blocs opératoires privés en raison du mouvement. « Les agriculteurs nourrissent la France, les médecins soignent les Français, c’est tout aussi crucial », insiste-t-il.
Un rapport récent du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) met en lumière que les dépassements d'honoraires des médecins spécialistes s'élevaient à 4,3 milliards d'euros pour l'année écoulée. Pendant ce temps, les mutuelles de santé, selon un rapport de la DREES, ont collecté 43 milliards d'euros en 2023, avec des frais de gestion représentant jusqu'à 10 milliards, un montant considérable qui ne se transforme pas en soins directs pour les patients.
Pour Cuq, cette situation est inacceptable : « Tandis que certains mutuelles affichent des augmentations de tarifs de 3 à 6 % sans retenue, les tarifs de la Sécurité sociale stagnent. » La grève actuelle constitue donc un dernier recours pour cette profession qui se sent de plus en plus délaissée dans un système en crise.







