La littérature en langue corse parvient-elle à trouver sa place dans la société contemporaine ? Récemment, un recueil intitulé "Florilangues : florilège des littératures en langues de France" a été lancé en version bilingue. Ce projet, soutenu par le collectif d'enseignants et chercheurs "Pour les littératures en langues régionales à l'école", vise à transformer la perception de ces langues souvent sous-estimées et à les rendre accessibles à de jeunes lecteurs à travers la France.
Ce samedi 7 octobre, la version doublée corse du film Au nom de la rose, dirigée par l'association Fiura Mossa, sera projetée dans les cinémas de l'île, offrant une nouvelle chance à la langue de se faire entendre dans un contexte populaire.
Pour discuter de cette dynamique culturelle, nous avons invité Marc Biancarelli, écrivain reconnu, directeur de la maison d'édition Omara et ancien enseignant en langue et culture corses.
RCFM : Avec toutes ces créations, ne risquons-nous pas d'avoir plus de créateurs que de lecteurs ?
Marc Biancarelli : En effet, le constat est préoccupant. Le nombre de lecteurs a fortement diminué au cours des 10-15 dernières années. Aujourd'hui, le lectorat corse est très limité, avec une estimation de 300 à 400 exemplaires vendus par nouvel ouvrage, et 600 exemplaires constituerait un véritable succès.
RCFM : N'est-ce pas paradoxal avec les 105 000 locuteurs actifs recensés par la collectivité de Corse ?
Marc Biancarelli : Je reste sceptique quant à ce chiffre. Y a-t-il vraiment 105 000 locuteurs actifs ? Les impressions sur le terrain sont très différentes. Le fait que peu de jeunes lisent en corse montre qu'il y a un fossé à combler entre les statistiques et la réalité. Nous devons mener une réflexion sincère sur l'importance de la langue dans notre société, loin des considérations électoralistes.
RCFM : Peut-on donc espérer que le doublage du film contribue à séduire les jeunes ?
Marc Biancarelli : C'est une initiative intéressante pour élargir notre public. Cependant, il ne suffit pas de produire du contenu en langue corse pour créer un engouement général. Il faut également prévoir des animations pour attirer le public et donner sens à ces initiatives. Mais cela ne remplace pas la nécessité d'une prise de conscience plus large de la langue et de sa place dans notre culture.
RCFM : Quel est votre avis sur l'impact de ces créations sur l'usage quotidien de la langue ?
Marc Biancarelli : Il demeure insuffisant. La passion et l'implication sont essentielles, mais nous devons aller au-delà de cette simple façade. La langue corse doit avoir un avenir tangible, et cela commencera par un véritable engagement éducatif. Tant que la langue reste une option marginale dans les écoles, son avenir restera compromis. Nous devons changer cela dès que possible.







