Après près de trois décennies sans extraction de charbon, Carmaux peine à se réinventer. Le souvenir des mineurs demeure ancré dans la culture locale, illustré par la statue située devant la salle Pierre Bérégovoy, où le candidat RN a récemment tenu un meeting.
"C'est la première fois que nous organisons une réunion publique", se réjouit Gweenael Andrieu. "Les retours que je reçois sont positifs, la campagne semble plus aboutie que par le passé", a-t-il confié à BFM.
Le RN n'en est pas à son coup d'essai à Carmaux. En 2014, le parti avait atteint le second tour avec 19,52 % des voix, mais il avait dégringolé à 11 % lors des dernières élections en 2020, échouant au premier tour.
"Notre retour n'est pas un nouveau départ, mais nous devons adapter notre message. L'absence au Conseil municipal nous a laissé inaudibles", explique Andrieu, qui rappelle que les résultats des élections nationales jouent en faveur du RN, face au faible soutien d'une gauche divisée.
La fin d'un bastion socialiste?
Les adversaires du RN critiquent le manque de présence de leur candidat, qui justifie son éloignement en le reliant à des opportunités d'emploi ailleurs, tout en vivant à Carmaux. Selon l'Insee, le taux de chômage dans la ville est de 12,9 %, dépassant de cinq points la moyenne départementale.
Les habitants gardent espoir en leurs racines industrielles des Trente Glorieuses. Les grands responsables socialistes tels que François Mitterrand et François Hollande avaient marqué les mémoires par leur passage à Carmaux, mais ces bastions ont volé en éclats lors des municipales de 2020, cédant le pouvoir à une liste centriste.
Pour le maire sortant, Jean-Louis Bousquet, qui souhaite se représenter, la situation s'avère complexe : "Nous avons formé une liste diversifiée, réunissant des sensibilités variées, ce qui complique notre positionnement politique", déclare-t-il à BFM.
Bousquet, contraint à une élection partielle après des démissions au sein de sa liste, affirme être en rupture avec les anciens schémas politiques. Il cite en exemple la rénovation des espaces publics pour redynamiser la ville.
Fusion inenvisageable et mystère sur un barrage
La concurrence s'intensifie avec deux autres listes en lice. François Bouyssié, de l'union de gauche, critique Bousquet pour son éloignement des valeurs de gauche, promettant une approche citoyenne. De son côté, Rachid Touzani, du PCF, indépendant des partis politiques, dénonce la gestion actuelle et critique le leadership de Bousquet.
"Nous partons sans partis derrières nous, mais notre humanisme demeure intact".
Concernant une éventuelle coalition, Touzani reste sceptique : "Nous ne risquons rien". François Bouyssié, pour sa part, refuse toute compromission avec le RN et mise sur la dynamique actuelle de sa campagne.
Le cas de Graulhet, place forte du cuir
Dans le Tarn, le RN a marqué des points avec un siège de député en 2022, bien que perdu depuis. Avec Carmaux, Albi, et Castres, Graulhet apparaît comme un enjeu crucial. Cette ville d'environ 13.000 habitants, jadis renommée pour son industrie du cuir, connaît aujourd'hui un déclin marqué.
Le PS a régné sur Graulhet depuis longtemps, mais le maire sortant, Blaise Aznar, prétend faire campagne sur un bilan positif. "Nos finances se stabilisent, nous continuons d'accueillir de nouveaux habitants", affirme-t-il.
Azar devra se confronter à Julien Bacou, candidat du RN, qui cherche à retourner la situation en sa faveur. Bacou mise sur la sécurité, un enjeu majeur pour sa campagne, après un passé où il avait terminé troisième aux dernières élections.
Un barrage au RN, une nécessité proclamée
Les tensions sont palpable avec d'autres candidats, dont Benjamin Verdeil, ancien directeur de cabinet d’Azar, prenant une position clairement républicaine. Verdeil rappelle qu'il est essentiel de ne pas céder la ville au RN et décline toute idée de fusion des listes au second tour.
Pour Aznar, l'intransigeance face au RN est impérative : "Je ferai tout pour créer un bloc solide contre eux", souligne-t-il. Une position que partage une autre liste, amenée par Jean-Marie Vigny, qui cherche à incarner une véritable gauche dans une ville jugée délaissée.
Cette élection s'annonce cruciale pour le Tarn, entre héritages industriels et enjeux contemporains. La lutte éclaircit les lignes entre historique et moderne, alors que le paysage politique se redessine pour ces municipales.







