« Tutoiement ou vouvoiement ? » interroge l’hebdomadaire Der Spiegel dans son édition du 2 avril. Dans un pays où le Du (« tu ») semblait s’imposer, cette tendance à la familiarité génère une certaine confusion et engendre même des malentendus, souligne Sebastian Hammelehle. Il en résulte un désir croissant de distance et de respect, notamment au sein du milieu professionnel.
Le phénomène touche aussi bien les entreprises que les médias, les transports, et même l’espace public. Pour Hammelehle, cette évolution marque un tournant dans les relations interpersonnelles, où l’ancien système de vouvoiement, qui traduisait des hiérarchies, est désormais perçu comme dépassé. Le tu représente une ouverture, une volonté de proximité. Cependant, ce bouleversement ne va pas sans difficultés ; de nombreux non-natifs apprenant l’allemand trouvent ces variations de tutoiement et de vouvoiement déroutantes.
Un exemple frappant de cette ambivalence est offert par la Deutsche Bahn. La compagnie adopte un tutoiement en phase de recrutement, tout en continuant de vouvoyer les voyageurs à l'achat de leurs billets, illustrant ainsi une communication inconstante.
Une illusion de proximité
La question se pose alors : cette familiarité est-elle vraiment bénéfique ? Benjamin Bartz, consultant, évoque un « caractère informel de façade », qui, loin d’offrir une véritable proximité, cherche simplement à faire bonne impression. Robert Eberhardt, un libraire, partage son expérience avec un milliardaire qui, malgré son tutoiement affiché, a fini par licencier la plupart de ses employés. Ces anecdotes soulignent que le tutoiement peut parfois masquer des vérités amères.
Pour conclure, Hammelehle suggère qu’un retour plus fréquent au vouvoiement pourrait ajouter une nécessaire « distance » dans un contexte professionnel. N'oublions pas que tous nos collègues ne sont pas nécessairement des amis avec lesquels partager une « bière », et que le respect mutuel est essentiel dans nos interactions quotidiennes.







