Face à l'augmentation des coûts de la vie, une partie grandissante des retraités choisit de retrouver une activité professionnelle pour compléter leur pension. Bien que cette situation soit encore marginale, elle pourrait s'intensifier avec les futures réformes des retraites.
Marie-Pierre, 63 ans, a commencé à travailler dans une petite entreprise en région parisienne depuis juin. Ancienne comptable divorcée, elle ne s'attendait pas à devoir reprendre le travail après sa retraite. Avec un revenu de 1,400 €, pension et complémentaire inclus, il lui était devenu impossible de joindre les deux bouts. "Je ne dépense pas à tort et à travers," explique-t-elle, "mais l'augmentation des prix m'a forcée à renoncer à des sorties avec mes amis."
un phénomène en hausse
Marie-Pierre fait partie d'un groupe de plus en plus nombreux. Selon l'Insee, parmi les 16,9 millions de retraités en France en 2020, environ 495 000 occupaient un emploi en plus de leur retraite, soit 31 000 de plus qu’en 2014. L'inflation, qui s'est intensifiée depuis 2021, incite de nombreuses personnes à envisager cette option. Valérie Gruau, fondatrice de la plateforme "Seniors à votre service", a noté une augmentation de 35 % des connexions sur son site depuis la hausse des prix. Actuellement, la plateforme compte 225 000 candidats, dont 67 % ont plus de 61 ans.
motivations diverses
Pour beaucoup, la recherche d'un emploi après la retraite est surtout guidée par des raisons économiques. Valérie Gruau souligne que 57 % des inscrits sur son site sont des femmes, souvent dans des situations délicates financièrement. Certains retraités cherchent à maintenir leur niveau de vie, d'autres veulent faire face à des charges supplémentaires, comme financer les études d'un enfant ou aider un parent âgé. De plus, certaines personnes ressentent le besoin de rester actives pour éviter le sentiment d'inutilité associé à la retraite.
Le secteur d'activité dans lequel ils s'engagent est varié : bricolage, jardinage, aide aux personnes âgées ou garde d'enfants. Les entreprises de la grande distribution et du secteur des services sont particulièrement réceptives à l'embauche de retraités, qui sont souvent considérés comme fiables et dignes de confiance.
un choix difficile pour certains
Certains retraités, comme Marie-Pierre, ressentent un certain soulagement en reprenant un emploi, même s'ils admettent que ce choix découle davantage de la nécessité que d'un désir. "Le passage à la retraite a été un choc pour moi," confie-t-elle. "Sans ce travail, j'aurais eu le sentiment d'être un poids pour la société." Cependant, d'autres retraités, comme Serge et Sylvie, préféraient profiter de leur retraite sans avoir à travailler, mais se voient contraints de rechercher un emploi en raison de la hausse des prix.
Serges, ancien chauffeur de bus, et sa femme, ancienne secrétaire, vivent avec un revenu de 1 800 € par mois. Ils ont tous deux dû accepter des emplois précaires pour gérer leur budget, mais ressentent une profonde frustration face à leur situation.
Bien que le cumul emploi-retraite ne concerne actuellement qu'environ 3,4 % des retraités, le gouvernement prévoit des mesures pour encourager cette pratique, notamment en assouplissant les conditions d'accès et en permettant des cotisations supplémentaires.
Les experts estiment que développer cette option pourrait profiter au système de retraite et inciter davantage de seniors à travailler, permettant ainsi aux entreprises de bénéficier de leur expérience accumulée tout en améliorant leurs propres situations financières.







