À 80 ans, Francis Hallé est un botaniste et biologiste aguerri, reconnu pour ses contributions à l'étude des arbres et des forêts tropicales. Avec plus de 30 années d'explorations des canopées équatoriales, il se positionne en tant qu'expert incontesté de son domaine.
Un manifeste pour la forêt primaire
Dans son livre Pour une forêt primaire en Europe de l'Ouest, Francis Hallé décrypte son rêve ambitieux. Son projet, bien que perçu initialement comme utopique, pourrait devenir un atout crucial pour sensibiliser le public à l'importance de restaurer cette forêt primaire. L'initiative a donné naissance en 2019 à l'Association Francis Hallé pour la forêt primaire, regroupant un large éventail d'acteurs : écologistes, scientifiques, cinéastes, et citoyens engagés. À ce jour, cette association compte plus de 2 500 membres, fièrement transnationaux.
L'urgence d'agir face aux dégradations
Chacun a une histoire liée à la forêt : que ce soit une promenade, une randonnée ou une simple quête de champignons. Cependant, beaucoup de ces forêts sont des forêts secondaires, souvent exploitées et abîmées par des pratiques peu respectueuses. En revanche, la forêt primaire, vierge de toute intervention humaine, reste une précieuse réserve de biodiversité.
À l'heure où le dérèglement climatique gagne du terrain, le besoin de forêts primaires devient plus que pressant. Elles jouent un rôle indispensable en termes de captation de CO2 et de régulation climatique. Les paysages, véritables joyaux de la nature, sont d'une beauté essentielle pour notre culture et notre bien-être.
Bien que des forêts primaires subsistent en dehors de l'Europe, cette dernière n'a pas conservé les siennes. La seule exception, celle de Białowieża en Pologne, subit aujourd'hui des coupes forestières soutenues par le gouvernement, malgré son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Francis Hallé ambitionne de créer, en Europe de l'Ouest, une forêt primaire transfrontalière de 70 000 hectares, partant de zéro, d'un terrain nu. Ce projet nécessitera 800 à 1000 ans pour se développer naturellement, favorisant la faune et la flore sans intervention humaine. Des accès contrôlés seront possibles pour les visiteurs. La voie vers cette vision semble déjà semée d'embûches, mais la mobilisation des citoyens pour son soutien pourrait influencer les décisions administratives et politiques nécessaires.
* Éditions Actes Sud – 64 pages - 1er septembre 2021 – 8 €







