Emmanuel Macron s'envole ce dimanche pour le Kenya, un pays anglophone qui revêt un sens particulier dans sa vision d'une "relation refondée" entre la France et le continent africain. Ce choix s'inscrit dans une dynamique de repositionnement géopolitique, accentuée par les tensions avec les anciennes colonies francophones durant ses deux mandats.
Au lendemain de son passage à Alexandrie en Égypte, où il a inauguré le nouveau campus de l'Université Senghor, le président français atteindra Nairobi, marquant ainsi le deuxième maillon de sa tournée africaine.
L'après-midi sera consacré à un entretien avec son homologue kényan William Ruto, suivi d'une conférence de presse et de la signature d'accords entre entreprises françaises et kényanes. Selon des sources diplomatiques, la relation entre les deux pays s'est nettement intensifiée ces dernières années, avec la présence de 140 entreprises françaises au Kenya, contre seulement une trentaine il y a quinze ans.
William Ruto est devenu un acteur central dans la dynamique des relations franco-africaines, une position stratégique pour Macron qui souhaite dépasser les difficultés rencontrées sur le sol francophone, notamment au Sahel. Le président kényan est un allié clé dans les tentatives de réformer l'architecture financière internationale, un enjeu crucial dans un contexte de baisse de l'aide publique au développement.
- "Africa Forward" -
Le président français a choisi d'organiser son premier sommet Afrique-France à Nairobi les 22 et 23 mai, un choix qui témoigne d'une volonté d'innover, puisque l'événement se tient pour la première fois dans un pays anglophone. Intitulé "Africa Forward", ce sommet marque un tournant, malgré la défense de la francophonie par Macron, qui promeut une vision d'un continent africain plurilingue et diversifié.
Ce sommet, centré sur l'économie et l'investissement, réunira des personnalités influentes du secteur privé français, dont Rodolphe Saadé de CMA CGM et Patrick Pouyanné de TotalEnergies. Cette "coalition de CEO", nouvellement formée, sera en dialogue avec plus de vingt chefs d'État, et pourrait donner lieu à des annonces d'investissements significatives.
Cette initiative s'inscrit dans un besoin pressant de répondre aux critiques soulevées sur le désengagement de certaines entreprises françaises, qui a coïncidé avec un déclin de l'influence française en Afrique. Depuis le discours fondateur de Macron à Ouagadougou en 2017, une volonté de diversifier et d'enrichir les partenariats a émergé, d'autant plus urgente face à la dynamique géopolitique actuelle.
Les récents coups d'état survenus dans des pays sahéliens comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont exacerbé le sentiment de rupture avec la France, amplifiant les critiques à l'encontre de sa politique. Cette vague de ressentiment anti-français se propage également dans d'autres régions du continent, du Sénégal à Madagascar, malgré quelques signes d'amélioration des relations, notamment avec l'Algérie.
La tournée africaine de Macron se conclura ce mercredi en Éthiopie, clôturant ainsi un chapitre significatif dans son engagement envers le continent africain.







