Les robotaxis autonomes connaissent un essor incroyable aux États-Unis et en Chine, et commencent à émerger en Europe. Alors que des entreprises chinoises et américaines prévoient des tests cette année dans plusieurs capitales, l'Union européenne est sur le point de signer une déclaration d'intention. Cependant, aucun essai n'est programmé en France, qui reste prudente.
Alors qu'en Chine et aux États-Unis, les flottes de robotaxis ont plus que doublé pour atteindre 8.000 véhicules dans plus de vingt grandes villes, l'Europe se réveille avec un certain retard. Le Haut-Commissaire au Plan, Clément Beaune, a récemment critiqué le 'décrochage' de l'UE, soulignant la nécessité d'accélérer l'expérimentation.
Une nouvelle réglementation européenne stipule qu'un 'conducteur de sécurité' doit être présent à bord des véhicules, la main sur les genoux, un processus similaire à celui observé lors des débuts des tests en Chine et aux États-Unis. En réponse à cela, l'UE envisage de mettre en place un cadre d'essai simplifié, afin que les entreprises ne soient plus contraintes de s'adapter aux réglementations nationales.
Munich, Madrid, Londres, Zagreb...
Le premier essai en Europe a déjà débuté en Croatie, où l'entreprise chinoise Pony.ai, en partenariat avec Uber, a lancé une flotte de robotaxis dans la capitale Zagreb. À Londres, trois entreprises se préparent à expérimenter cette année : Waymo (filiale d'Alphabet), la start-up Wayve et Apollo Go, une entreprise liée à Baidu. De son côté, WeRide, un autre acteur chinois, a lancé un test à Madrid en collaboration avec Uber.
Les projets en Suisse et au Luxembourg se multiplient également, avec expérimentation prévue dans des zones urbaines. Cependant, la disparité des réglementations en Europe complique le déploiement rapide des robotaxis. Au niveau mondial, des entreprises comme Waymo revendiquent 3.000 robotaxis dans 11 villes américaines, tandis qu'Apollo se développe dans 27 villes chinoises et Dubaï. Pony.ai vise une flotte de 3.500 véhicules d'ici 2026, tandis que WeRide en prévoit 1.000.
D'ici 2035, l'AIE prévoit entre 700.000 et 3 millions de robotaxis opérant dans 40 à 80 grandes villes. Le groupe BCG anticipe près de 3 millions de véhicules, nettement plus en Chine et aux États-Unis qu'en Europe.
Divergences irréconciliables?
Les défis en Europe s'expliquent par des exigences de sécurité strictes et une forte préférence pour les transports en commun, selon l'expert Hervé de Tréglodé. 'Mais sans aucun doute, cela se développera en Europe. Londres est prêt, Madrid aussi, avec peut-être une exploitation commerciale dès 2027', affirme-t-il. Selon lui, 'les villes qui acceptent les tests assouplissent les règles de l'UE'.
Pour l'instant, aucune ville française n'a sauté le pas, malgré plus de 300 tentatives sur des navettes autonomes, qui manquent souvent d'issue commerciale. La directrice Prospective d'Ile-de-France Mobilités, Laurence Debrincat, a récemment plaidé pour une stratégie plus proactive en France.
Les entreprises privilégient les zones urbaines à forte densité, jugées rentables, alors que les politiques mettent l'accent sur le besoin de véhicules autonomes en milieu rural. 'Faut-il laisser le marché décider, ou bien la puissance publique doit-elle intervenir pour assurer un déploiement équilibré?', questionne Thomas Matagne, fondateur d'Ecov, sur les enjeux cruciaux que pose l'essor des robotaxis.







