Dans les ateliers de la société Terratis, à Montpellier, des millions de moustiques tigres mâles sont élevés dans de grands vitrages, attendant leur passage par une machine à rayons X pour stérilisation de leurs spermatozoïdes.
"L'objectif est que ces moustiques, une fois relâchés, s'accouplent avec des femelles, mais provoquent la stérilité de leur progéniture", explique Clelia Oliva, cofondatrice de Terratis.
Utilisée depuis plus de 50 ans dans l'agriculture, la méthode d'insectes stériles est de plus en plus appliquée pour combattre les moustiques vecteurs de maladies telles que la dengue ou le chikungunya. Le moustique tigre, ou Aedes albopictus, observé en France depuis 2004, infestait déjà 83 départements, croissance accentuée par le changement climatique.
Cependant, plusieurs défis demeurent pour la mise en œuvre à grande échelle de cette solution. Terratis, fondée en 2024, fait partie des projets les plus prometteurs, avec une production actuelle de 1,5 million de moustiques stériles par semaine prévue d'atteindre 40 millions dans deux ans. "Nous avons vu une explosion des commandes cette année", révèle Mme Oliva, face à un intérêt croissant des municipalités.
- Réduction des coûts -
"Le principe du moustique stérile fonctionne bien, mais des défis techniques subsistent pour améliorer les rendements et réduire les coûts", souligne Frédéric Simard, directeur de l'Institut de recherche et de développement de Montpellier. Il insiste sur la nécessité d'adapter cette méthode à chaque région pour qu'elle soit viable et durable, en comparant l'approche actuelle à "celle de l'iPhone 1.0".
Dans d'autres régions, comme en Amérique du Sud et en Asie, une méthode alternative utilise des moustiques infectés par la bactérie Wolbachia, qui les rend incapables de transmettre des virus dangereux comme le dengue. Au Brésil, une usine génère jusqu'à cent millions d'œufs par semaine de moustiques Wolbachia.
"Il est crucial de combiner intelligemment différentes solutions comme la technique Wolbachia, la stérilisation et les insecticides pour créer une réponse efficace", souligne M. Simard. Selon lui, l'approche Wolbachia représente une réponse rapide à la crise sanitaire, tandis que la stérilisation s'inscrit dans un cadre à long terme.
Émergeant d'Asie du Sud-Est, le moustique tigre menace aussi bien les pays riches que pauvres, une réalité qui incite les investisseurs à financer la recherche et les solutions nécessaires.
- Incertitudes réglementaires -
Dans le quartier de Malbosc à Montpellier, une expérimentation lancée en août 2025 se poursuit cette année. "Nous effectuons des lâchers de 100.000 moustiques à divers points chaque semaine", indique Florian Vernichon, employé chez Terratis, en s'éloignant d'un nuage d'insectes.
Le coût de cette lutte n'est pas négligeable : "Nous ne pouvons pas financer de lâchers à échelle municipale, un rôle qui devrait incomber à l'État et aux agences de santé régionales", déclare Stéphane Jouault, adjoint au maire. Il évalue cette expérimentation à 70.000 euros.
Cependant, le projet de moustiques stériles, qui ne relève ni du biocide ni de l'insecte transgénique, souffre d'un "flou réglementaire pouvant nuire aux investissements privés", souligne Frédéric Simard.
À Brive-la-Gaillarde, 11 millions de moustiques stériles relâchés en mai 2025 ont porté leurs fruits, avec 50 % des œufs stériles prêts à éclore ce printemps, un chiffre qui atteindra 90 % à l'issue de l'été 2026, d'après Clelia Oliva.
L'objectif est clair : réduire significativement les populations de moustiques tigres. Leur éradication demeure utopique, comme l'affirme la chercheuse. En 2025, Santé Publique France a enregistré 809 cas de chikungunya et 30 de dengue, un chiffre alarmant.
"Pourra-t-on bientôt avoir chacun son petit gobelet de moustiques stériles à relâcher chez soi ?", questionne Frédéric Simard, se montrant optimiste sur une future production de plusieurs milliards de moustiques stériles si le marché se structure efficacement.







