À la fin de l'année, Jack Nekhala, entrepreneur, était occupé à écouler ses "Bed Scrunchies", élastiques conçus pour maintenir les draps sur les matelas. Mais il s'est rapidement retrouvé en plein cœur d'une problématique bien plus vaste : un possible marché noir de données internes au sein d'Amazon. Selon un rapport de Bloomberg, des intermédiaires proposent gratuitement de l'aide en promettant d'influencer les décisions d'Amazon contre rémunération.
Les intermédiaires affirment offrir un accès à des employés d'Amazon capables de résoudre divers problèmes rencontrés par les vendeurs, allant de l’obtention d’avantages concurrentiels à la levée de suspensions de compte. Les motivations sont simples : des informations qui pourraient significativement booster les ventes.
Un écosystème opaque de vendeurs et d’intermédiaires
L'histoire de Jack commence en novembre 2024 avec la suspension de son compte pour présumée manipulation d’avis. Bien que Jack ait utilisé une stratégie marketing jugée douteuse, il a connu un grand succès avec ses produits, atteignant 6 millions de dollars de chiffre d'affaires annuel. Cette suspension intervient à un moment critique : juste avant les fêtes.
« Le timing de cette suspension ne pouvait pas être pire », déclare Jack Nekhala.
Suite à cela, un homme lui propose d’accéder à un marché alternatif pour vendre ses produits. En regardant son compte, Jenna, l'intermédiaire, lui montre des documents internes d’Amazon, affirmant avoir le pouvoir de les mobiliser contre paiement. Jack refuse.
Un trafic d'informations confidentielles
Elle lui propose d’accéder à des processus internes en échange de commissions pouvant atteindre 20 % de la somme récupérée. Jack, confronté à une pression financière croissante, essaie de contacter directement Amazon, mais se rend vite compte que des employés auraient effectivement partagé des données internes avec Jenna.
La situation de Jack n'est pas un cas unique. De nombreux autres vendeurs signalent des pratiques similaires sur les plateformes de messagerie comme WeChat ou Telegram. Chris McCabe, ex-employé d'Amazon, décrit ce phénomène comme une stratégie répétitive : « L’appât réside souvent dans des notes internes. »
Un vaste système de corruption
Cette corruption n'est pas une nouveauté. Des enquêtes ont révélé un système de pots-de-vin croissant, notamment en 2020 où environ 100 millions de dollars ont été impliqués, touchant à la fois des vendeurs et des employés. À ce jour, des enquêtes continuent aux États-Unis et en Inde sur d'anciens employés d'Amazon.
Les experts soulignent que la structure d’Amazon, avec de nombreux intermédiaires et un accès dispersé aux données, crée un terreau fertile pour ces pratiques. Bien qu'Amazon nie l'existence de tels réseaux, le porte-parole Brad Glasser reconnaît que le risque d'exploitation reste présent.
Une plateforme sous tension
Dans un contexte où Amazon réduit les interactions directes avec les vendeurs, la demande pour des accès informels augmente. Steven Pope, consultant en ventes sur Amazon, souligne que « plus les vendeurs se sentent abandonnés, plus ils sont vulnérables aux propositions douteuses ».
Malgré des alertes lancées par Jack Nekhala, l’enquête ouverte par Amazon semble n'avoir donné que peu d'échos. Néanmoins, sans véritable alternative, il continue d'utiliser la plateforme, malgré l'augmentation des prix de ses produits liée à ces pratiques.
Le cas de Jack reflète une réalité plus large pour de nombreux vendeurs sur Amazon : un écosystème complexe où la transparence fait souvent défaut, et où les intermédiaires exploitent la vulnérabilité des entrepreneurs face à des litiges intrusifs.







