Douze ans après le début de l’Operação Marquês, le procès de l’ancien Premier ministre José Sócrates semble s’engager dans un interminable dédale de recours et de non-lieux. Le magazine Expresso soulève des questions cruciales sur les conséquences de cette affaire qui, selon la publication, dépasse de loin le simple destin de l'ancien chef de gouvernement, en mettant à l'épreuve la crédibilité de la justice portugaise.
Cette semaine, José Sócrates fait la couverture de l'hebdomadaire Expresso, où son portrait se veut emblématique d'un procès que le journal juge déterminant. Sur cette illustration, inspirée de l'œuvre La Liberté de parole de Norman Rockwell, le politique, les bras chargés de dossiers, est dépeint comme la cible des regards accusateurs, une image forte pour une affaire qui a paralysé le Portugal.
Arrêté en novembre 2014 à son retour de Paris, Sócrates a passé près de neuf mois en détention provisoire. Le procès, qui se concentre sur des accusations de corruption, de blanchiment d’argent et de fraude fiscale, est toujours contesté par lui. Courrier International souligne qu’en dépit des longues attentes, l’ancien fonctionnaire continue de clamer son innocence.
La couverture d'Expresso attire l’attention sur des “manœuvres dilatoires présumées” qui pourraient inspirer d’autres prévenus, engendrant ainsi une “école socratique” dans les autres tribunaux du pays. Le magazine développe ce phénomène en titrant : “Sócrates contre le monde : l’histoire d’un procès qui peut changer la justice au Portugal”.
Des lenteurs inquiétantes
Selon l’enquête en cours, les changements récurrents d'avocats de la défense ont entraîné plus de trois mois d'interruption du procès, incitant d'autres accusés à adopter des tactiques similaires. Le directeur du Département central d’enquête et d’action pénale (DCIAP), Rui Cardoso, a exprimé ses inquiétudes :
“Si nous ne parvenons pas [à juger Sócrates], ce sera le discrédit total de la justice portugaise et de l’État portugais.”
En réponse à la lenteur du procès, le Parlement a modifié le Code de procédure pénale, interdisant désormais la suspension des délais de prescription à la suite d'un changement d'avocat, accompagné de sanctions pour les manœuvres jugées dilatoires. Bien que ces réformes ne soient pas applicables rétroactivement à l’Operação Marquês, elles sont considérées comme une réponse nécessaire aux défis posés par cette affaire sans précédent.
À ce jour, sur les 400 témoins sensés témoigner, seulement 77 auraient été entendus après une année d’audience. Pour de nombreux membres de la magistrature, l'issue de ce procès pourrait déterminer la capacité du Portugal à traiter efficacement les grandes affaires de corruption dans un délai raisonnable.







