Le projet de budget allemand pour 2027 prévoit une augmentation de 33 % des dépenses militaires par rapport à 2026, atteignant 110 milliards d'euros, selon Le Monde. Ce montant est accru par des crédits spéciaux, portant le total des dépenses à 140 milliards d'euros pour les années à venir, contre 64 milliards pour la France.
Berlin, qui a longtemps négligé sa défense, ambitionne d'avoir "l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe" en doublant ses effectifs pour atteindre 460.000 militaires d'ici 2035. Toutefois, cette dynamique a provoqué une vague d'inquiétude à Paris, où l'on redoute que l'Allemagne devienne la puissance militaire dominante du continent.
Historiquement, la France et l'Allemagne ont adopté une division stratégique : la France en tant que leader diplomatique et militaire, tandis que l'Allemagne dominait économiquement. Comme l'explique Jacob Ross, analyste au Conseil allemand sur les relations internationales, cette nouvelle ambition de puissance pourrait bousculer les perceptions traditionnelles de la France concernant sa place en Europe.
Le général Fabien Mandon avertissait récemment : "Si l'Allemagne continue à ce rythme, l'argument de notre expérience opérationnelle deviendra obsolète".
Un chemin semé d'embûches
Les acquisitions d'équipements militaires par l'Allemagne sont nombreuses, notamment via des systèmes américains. Certaines initiatives, comme le projet ESSI pour un "bouclier européen antimissile", se réalisent sans concertation avec Paris, renforçant les craintes d'un manque de convergence sur les questions de souveraineté européenne.
Le chercheur Paul Maurice de l'Institut français des relations internationales s’inquiète de cette montée en puissance allemande : "Le projet d'autonomie stratégique en Europe ne peut prospérer sans Berlin. Si l'Allemagne fait cavalier seul, cela compromet notre ambition de sécurité collective".
À l'approche du conseil des ministres franco-allemand, l'Elysée espère voir Berlin renforcer son engagement envers le projet Iris2, une constellation de satellites destinée à garantir des communications sécurisées entre les États membres sans dépendre des États-Unis.
Les défis sont d'autant plus marquants depuis l'échec du programme Scaf, le futur avion de chasse franco-allemand, symbolisant la coopération antérieure. Des industriels allemands se sont même proposés de développer un nouvel appareil de combat, accentuant la concurrence entre Paris et Berlin.
Avec la position de la France comme deuxième exportateur mondial d'armements, les acteurs du secteur redoutent également les répercussions de l'approfondissement des budgets de défense allemands, notamment via le géant Rheinmetall, qui pourrait prendre de l’avance sur le marché militaire.
Des relations en mutation
À l'échelle européenne, il existe cependant un consensus sur le fait que l'Allemagne doit répondre à la menace russe, ce qui est perçu comme un tournant positif. Le général suédois Michael Claesson s'est ainsi réjoui de ce changement. Toutefois, le poids du passé militariste de l'Allemagne reste une préoccupation pour ses voisins, réticents à voir se renforcer la domination militaire allemande sur le Vieux Continent.
Pour Jacob Ross, les décideurs berlinois doivent naviguer habilement dans ce nouveau paysage régional, tenant compte des aspirations et des préoccupations de leurs voisins quant à une Allemagne plus forte militaire.







