Les syndicats de journalistes ainsi que l'organisation Reporters sans frontières (RSF) ont récemment exprimé leur inquiétude auprès du Conseil d'Etat concernant l'avenir du magazine Challenges suite à son rachat par LVMH, un géant du luxe qui possède déjà plusieurs titres économiques, dont Les Echos.
"L'économie nécessite une concurrence, tout comme l'information économique", a souligné Delphine Déchaux, présidente de la Société des journalistes (SDJ) de Challenges, lors d'une réunion qui a suivi l'audience. Elle a plaidé pour la mise en place de "garde-fous" face à la concentration médiatique, en faisant référence à Bernard Arnault, le fondateur de LVMH.
Acquis en 2025 par LVMH de l'homme d'affaires Claude Perdriel, Challenges, accompagnés des titres scientifiques Sciences et Avenir et La Recherche, se bat désormais pour préserver sa charte d'indépendance. Cette charte garantit à la rédaction un droit de regard sur la nomination de son directeur et défend des valeurs d'économie sociale de marché.
Le 10 février dernier, près de 85% des salariés des trois publications ont voté une motion de défiance envers leur direction et LVMH. Cependant, le 21 février, LVMH a informé la rédaction que la charte d'indépendance était déclarée périmée, un coup dur pour les journalistes.
Une autre source d'inquiétude est la proposition de la direction qui souhaite augmenter le montant de la clause de cession de un à deux mois de salaire par année d'ancienneté, avec un plafond de 15 ans. Guillaume Echelard, journaliste à Challenges et membre du Syndicat national des journalistes (SNJ), a averti que "cette clause pourrait entraîner un désengagement massif de la rédaction".
Les craintes portent également sur une possible évolution de la ligne éditoriale, notamment concernant le classement annuel des "500 plus grandes fortunes de France", un numéro phare pour le magazine.
LVMH n'a pas souhaité commenter ces préoccupations lors d'une prise de contact avec l'AFP.
Au cours de cette audience, les syndicats SNJ, SNME-CFDT, SNJ-CGT, ainsi que RSF, ont demandé au Conseil d'Etat d'examiner en urgence les implications de ce rachat sur la concentration médiatique. Ils se réfèrent également à l'"European Media Freedom Act" (EMFA), qui, bien qu'entré en vigueur en 2025, n'a pas encore été intégré dans le droit français.
LVMH, qui possède déjà Les Echos-Le Parisien et le site d'actualité financière L'Agefi, a aussi pris possession du quotidien libéral L'Opinion lors de cette période.







