Souvent critiquée pour son empreinte carbone, l'aviation commerciale investit massivement dans des solutions innovantes pour atténuer son impact environnemental. Différents leviers sont explorés : fabrication d'avions plus économes en kérosène, utilisation accrue de carburants de synthèse, optimisation des trajectoires de vol, et revêtements aérodynamiques pour réduire les frottements.
Cependant, l'impact des avions ne se limite pas aux émissions de CO2. Les trainées de condensation, visibles dans le ciel derrière les aéronefs, contribuent aussi à réchauffer le climat. En France, l'industrie aéronautique explore des solutions pour limiter ce phénomène.
Thales, en collaboration avec Amelia, une compagnie aérienne spécialisée dans les liaisons régionales, a récemment mis en œuvre des expérimentations sur 59 vols. L'objectif ? Modifier le parcours des avions pour éviter les zones humides et froides propices à la formation de trainées de condensation.
« Le premier progrès, c'est d'avoir réussi à passer à l'échelle », explique Julien Lopez, responsable des opérations vertes chez Thales. « Nous avons développé un outil permettant une optimisation en temps réel des trajectoires. »
Outil opérationnel
Résultats : entre 2.000 et 2.500 tonnes équivalent CO2 ont été évitées grâce à l'ajustement de ces vols, selon Adrien Chabot, directeur du développement durable chez Amelia. Notons que ces changements ont engendré une surconsommation de kérosène inférieure à 0,1%, équivalente à seulement 700 kg de CO2.
« Nous avons analysé chaque vol en profondeur, incluant Embraer 145 et Airbus A319/A320. Nous sommes déjà dans l'intégration d'un outil opérationnel, et non plus dans une phase de recherche », ajoute-t-il.
Thales considère également que cette méthode est immédiatement applicable, contrairement au développement de nouveaux moteurs qui peut prendre 25 à 30 ans. L'ONG Transport & Environment partage cette vision, affirmant que l'impact des trainées de condensation pourrait être réduit de moitié d'ici 2040.
Cependant, ces efforts pour réduire l'empreinte climatique font face à un défi de taille : la croissance continue du trafic aérien, qui pourrait plus que doubler d'ici 2050, selon les prévisions de l'Association internationale du transport aérien (IATA), passant de 9.000 milliards de passagers-kilomètres en 2024 à 20.800 milliards en 2050.
Le lobby aérien estime que la mise en œuvre coordonnée de ces solutions peut permettre de concilier croissance du trafic et réduction des émissions. Toutefois, la majorité des associations environnementales s'opposent à cette position, arguant qu'une diminution significative du trafic aérien est essentielle pour véritablement réduire les émissions de CO2 de ce secteur.







