Dans son enquête diffusée mardi, L'Œil du 20 Heures a mis en lumière la manière dont Jeffrey Epstein, avec le soutien d’un réseau médical, exerçait un contrôle total sur le poids, l'alimentation et la vie intime des jeunes femmes. Nous avons recueilli le témoignage exclusif de Svetlana Pozhidaeva, l’une de ces victimes, qui a subi le joug de ces médecins au service des désirs du multimillionnaire.
Ce récit fait partie d'un reportage plus large. Cliquez sur la vidéo pour le visionner dans son intégralité.
Quel était le quotidien des victimes de Jeffrey Epstein ? L'une d’entre elles, Svetlana Pozhidaeva, a accepté de briser le silence pour partager comment, pendant plusieurs années, elle a été soumise à un contrôle strict de son corps et de sa vie privée, orchestré grâce à un réseau médical à la solde d'Epstein.
Svetlana a trouvé refuge sur la côte ouest des États-Unis, où elle a partagé son expérience avec L'Œil du 20 Heures. Ancienne mannequin d'origine russe, elle a été victime des abus d’Epstein durant plusieurs années. Présentée comme l'une de ses assistantes, elle a été sous son contrôle quotidien, notamment en ce qui concerne sa santé. “Il me disait : tu n’as pas besoin d’assurance maladie, tu as moi.” Cela représentait, pour elle, une forme de domination.
"Nous le surnommions 'le docteur maléfique'"
Dans son réseau de trafic sexuel, Epstein entretenait d'étroites relations avec certains médecins qui intervenaient parfois à domicile. Svetlana se remémore une image d'un chirurgien opérant une jeune femme sur la table du salon. Elle a aussi été traitée par le docteur Ting à l’hôpital Mount Sinaï de New York en 2012, comme l'indiquent des documents sur une intervention pour le retrait d’un tatouage près de son nombril.
“Epstein m’a demandé de l’enlever parce qu’il détestait ce tatouage de dauphin,” raconte Svetlana, décrivant comment il a imposé cette opération alors qu’elle aurait pu opter pour un traitement au laser moins invasif.
Le contrôle ne s'est pas arrêté là : Svetlana, bien que très mince, a été orientée vers un autre praticien, le docteur Steven Victor, pour une liposuccion. “Nous l’appellions 'le docteur maléfique', c'était une personne terrible… J'ai encore des cicatrices, car il a mal effectué la chirurgie. Suite à cela, ma carrière de mannequin a pris fin.” Le médecin, contacté, a nié toute complicité et a exprimé son chagrin pour les victimes d'Epstein, ajoutant : “Ce genre d'abus n'aurait jamais dû perdurer.”
"Tu me dois de l'argent"
Parmi les documents révélés par la justice américaine, un tableau a retenu notre attention : jusqu’à quel point Epstein contrôlait financièrement ses victimes. “Je recevais des factures pour des dépenses somptueuses qu’il avait couvertes, et il me disait que je lui devais de l'argent,” précise Svetlana, révélant la manière dont il associait dépenses et contrôle.
Après des années sous son emprise, elle a ressenti une libération seulement après la mort du prédateur. Aujourd'hui, Svetlana souhaite témoigner pour aider d'autres victimes de ce système abusif.







